[TEXTE] BERTILLE BAK /// collection art moderne et contemporain – Vénissieux

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BERTILLE BAK

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Bertille Bak (née en 1983, vit et travaille à Paris) est une observatrice sensible et engagée. Elle s’immerge, dans un temps long, au sein de communautés, de collectivités, de microsociétés dont elle souhaite comprendre et traduire plastiquement l’organisation, les traditions, les rites, les artefacts, les luttes, les résistances, les colères, les gestes et les corps. L’artiste est à l’écoute de leurs témoignages, des récits de leurs expériences et histoires respectives. Une fois la confiance et la complicité établies, elle collabore avec les membres des groupes pour l’écriture de scenarii, la récolte d’archives ou encore la transmission de savoir-faire vernaculaires. L’observation minutieuse et patiente des groupes donne lieu à des films, des dessins, des sculptures, des collections d’objets trouvés, des archives et des installations qui se situent entre le documentaire et la fiction. L’artiste s’immerge ainsi au sein des Corons dans le Nord, dans une communauté Tzigane à Ivry-sur-Seine, d’un groupe religieux à Paris, des marins de Saint-Nazaire, les habitant.es d’un quartier de Bangkok (Thaïlande) menacé.es d’expulsion ou encore des femmes en situation d’exil ayant trouvé refuge à la Maison des Femmes du Hédas à Pau.

L’artiste est née dans le Pas-de-Calais, à Arras. Elle est familialement et intimement attachée à l’histoire industrielle de la région. Issue d’une famille de mineurs, Bertille Bak réalise des films aux corons de Barlin. En 2007, elle décide de dessiner les relevés des façades des corons. Les cités de mineur.es, emblèmes ouvriers de la région, mais aussi inscrites dans l’imaginaire collectif français, sont détruites petit à petit. Rue par rue, l’artiste archive de son trait sensible un patrimoine prolétaire et ouvrier en voie de disparition. Les dessins, réalisés sur de très longues bandes de papier, sont présentés sur des tablettes en bois adaptées à leurs formats hors normes. Les tablettes reposent sur des montants de section carrée en métal brut et soudés. Les dessins sont disposés sur les tablettes et recouverte d’une feuille de plexiglas. A la manière de plans ou d’archives, les œuvres sont présentées d’une manière sobre et documentaire. L’artiste souligne la dimension objective de ce travail qui porte une mémoire à la fois personnelle et collective. Le choix de la technique du dessin porte une précarité et une fragilité en adéquation avec l’existence des cités et de leurs mémoires qui se volatilisent peu à peu.

Des corons à Bangkok, la question du collectif en lutte relie chacun de ses projets. Bertille Bak établit constamment des relations entre l’individuel et le groupe pour visibiliser des corps et des objets vecteurs d’histoires et de mémoires que la société assigne aux marges, au silence et à l’effacement. Les œuvres témoignent de vies anonymes, d’existences méprisées. Motivée par une volonté de fabrique des espaces de représentations réellement en phase avec nos sociétés, l’artiste travaille à une dimension plurielle du collectif.

Julie Crenn

Texte commandé par le Centre d’art Madeleine-Lambert, Vénissieux, 2021

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+ EAP Vénissieux / https://www.ville-venissieux.fr/arts_plastiques/Centre-d-art-expositions/Collection-fonds-municipal-d-art-moderne-et-contemporain

+ BERTILLE BAK / https://www.xippas.com/?page_id=591&lang=fr

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