[EXPOSITION] REVER L’OBSCUR /// The Bridge by Christian Berst, Paris

Pistil Paeonia – Dévotion, 2021 (vitrail)

Rêver l’Obscur 

Galerie Christian Berst, Paris

3 février – 27 mars 2022

Une proposition de Julie Crenn

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Artistes invité.es ///

Catherine Boyer, Anne Brégeaut, Brodette, Guo Fengyi, Vidya Gastaldon, Pélagie Gbaguidi, Madge Gill, Hélène Gugenheim, Hessie, Esther Hoareau, Lauren Januhowski, ïan Larue, Frédérique Loutz, Margot, Cecilie Marková, Roberta Marrero, Marie-Claire Messouma Manlanbien, Myriam Mihindou, Saba Niknam, Pistil Paeonia, Marilena Pelosi, Agathe Pitié, Pascale Simont, Delphine Trouche, Anna Zemánková, Henriette Zéphir.

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Cercles de mains… cercle de bras autour des corps de chacun… cercle de voix… cercle de pouvoir. 

Starhawk  – Rêver L’Obscur (1982)[1]

L’exposition s’inscrit dans un cycle d’exposition initié depuis 2015, date de sortie de la traduction française de l’ouvrage Rêver L’Obscur – Femmes, Magie et politique aux Éditions Cambourakis.[2] Le manifeste de Starhawk, militante écoféministe et altermondialiste, autrice et sorcière californienne, a bouleversé mes engagements et ma pensée en tant qu’historienne de l’art et commissaire d’expositions. Depuis, je travaille donc à un cycle d’expositions et de textes nourri.es de recherches et de pensées dédiées à l’histoire des sorcier.es, au vivant, aux spiritualités néo païennes, à la magie, aux pensées écoféministes, queer et décoloniales.

Parce que tout est lié. Parce que nos existences affectent celles de tous les autres terrestres. Parce que nous avons oublié.

Il s’agit de rêver l’obscur individuellement et collectivement.

Starhawk nous invite à nous souvenir, à faire remonter, à reconnaître et à expérimenter le pouvoir-du-dedans (inner power). Un pouvoir à l’intérieur de nous, que, si nous cessons d’y prêter soin et attention, sommeille silencieusement. Un pouvoir qui innerve nos chairs et qui génère des connexions avec notre écosystème.

Les luttes politiques menées par Starhawk depuis les années 1960, l’amènent à penser la non-violence et à réinvestir la notion de pouvoir. Au pouvoir dominant, celui qui est imposé aux corps, le pouvoir-sur, est opposé au pouvoir-du-dedans. Un pouvoir qui provient de soi, de l’intérieur : un « pouvoir de vie, qui résiste, qui fait, qui produit et s’alimente non pas sur le corps des autres, mais à partir des éléments fondamentaux qui nous entourent : la terre, l’air, le feu et l’eau. Ces éléments ne sont pas sacrés parce qu’une quelconque religion les aurait oints, mais parce qu’ils sont nécessaires à la vie et doivent être également partagés entre tous, gérés en commun. »[3] Le pouvoir-sur est le pouvoir de la domination sur le vivant. Il est « finalement le pouvoir du fusil et de la bombe, le pouvoir de l’anéantissement qui soutient toutes les institutions de domination. »[4] Il représente le mode d’action de la pensée patriarcale pour briser le lien, la connexion profonde, « pour séparer l’esprit et la chair, la nature et la culture, l’homme et la femme. » Le pouvoir-sur engendre un épuisement et de violentes ruptures que le pouvoir-du-dedans peut apaiser.

Starhawk parle d’immanence ou de la Déesse pour définir le pouvoir-du-dedans, un pouvoir « qui connecte, nourrit, guérit et crée. » Un pouvoir comme un élan vital qui invite à se rapprocher, à ressentir et à expérimenter le vivant dans son ensemble. Un vivant tangible, mais aussi un vivant invisible et plus abstrait, celui des esprits et des forces insaisissables que, si nous les invoquons et si nous les écoutons, nous serons capables de les percevoir. Le pouvoir-du-dedans relève de cette capacité, individuelle et collective, à sentir, à reconnaître, à embrasser ou à protéger.

Alors l’exposition peut être envisagée comme un cercle formé par les œuvres d’artistes issu.es d’horizons pluriels. « Dans le cercle, nous chantons les noms de chacun, nous mettons les mains sur le corps de chacun pour le réconforter, le guérir. Nous partageons notre peine. ʺQuand vous sentez-vous sans pouvoir ? Quand avez-vous le sentiment de votre propre pouvoir ?ʺ demandons-nous les unes aux autres. » Un cercle transtemporel et transculturel qui réunit des artistes issues d’époques et de générations différentes. Issu.es aussi d’aires culturelles multiples qui allient aussi bien la Chine à l’Espagne, en passant par le Sénégal, les Caraïbes, l’Iran, La République Tchèque, La Réunion, le Gabon, la France ou encore les Etats-Unis.

De Henriette Zéphir (1920-2012) à Brodette (né.e en 1998), les artistes qui recherchent le pouvoir-du-dedans dans leur chair, dans le secret, dans la nuit, dans la lumière, dans leurs alliances végétales et animales, dans la métamorphose du vivant, dans le silence, dans la terre, dans le cosmos, dans les abysses, dans la lutte ou encore dans les arcanes de mémoires enfouies. « Oui, le pouvoir-du-dedans est le pouvoir du bas, de l’obscur, de la terre ; le pouvoir qui vient de notre sang, de nos vies et de notre désir passionné pour le corps vivant de l’autre. » Alors, les œuvres sont les résidus de rituels personnels. Elles manifestent une vision, un éclat, un souffle, un réveil, un trouble. Chacun.e des artistes déploie un imaginaire singulier où il est permis de rêver, de chanter, de danser l‘obscur.

Le pouvoir-du-dedans lie les artistes invité.es. À son écoute, ielles participent d’une pensée plastique organique, profonde, incarnée, vivante. Chacune d’entre ielles fabrique sa propre mythologie à partir de ce pouvoir, de cet élan vital, d’imaginaires complexes et ancestraux qui établissent une trajectoire commune. Le pouvoir-du-dedans relie tout. Il invalide les marges et les hiérarchies sclérosantes. Parce qu’il porte une intemporalité, celle du vivant, il allie l’histoire, le présent et le futur.


[1] Starhawk cite ici le témoignage d’une mère de Love Canal, une zone contaminée par les déchets, paru dans le San Francisco Chronicle, daté du 23 juin 1980.

[2] Le titre original de l’ouvrage est Dreaming the Dark. Magic, Sex and Politics. Il est initialement publié aux Etats-Unis en 1982.

[3] Querrien, Anne. « Starhawk, écoféministe et altermondialiste », in Multitudes, n°67, 2017, p.54.

[4] Sauf mention contraire, toutes les citations de Starhawk sont extraites de l’ouvrage Rêver l’Obscur – Femmes, magie et politique. Paris : Editions Cambourakis, 2015

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Anne Brégeaut – Mes insomnies 26, 2021 / Peinture vinylique sur toile / 24 x 33 cm

ENG ///

Circles of hands… circle of arms around each other’s bodies… circle of voices… circle of power.

Starhawk – Dreaming the Dark (1982)

The exhibition is part of a cycle of exhibitions initiated since 2015, when the French translation of the book Dreaming the Dark – Women, Magic and Politics was published by Cambourakis. The manifesto of Starhawk, ecofeminist and alterglobalist activist, author and Californian witch, has shaken my commitments and my thinking as an art historian and curator. Since then, I have been working on a cycle of exhibitions and texts nourished by research and thoughts dedicated to the history of witchcraft, living world, neo-pagan spiritualities, magic, ecofeminist, queer and decolonial thoughts.

Because everything is linked. Because our existences affect the existences of all other earthlings. Because we have forgotten.

It is about dreaming the dark individually and collectively.

Starhawk invites us to remember, to bring up, to recognize and to experience the inner power. A power within us that, if we stop paying attention to it, lies silently dormant. A power that innervates our flesh and generates connections with our ecosystem.

Starhawk’s political struggles since the 1960s have led him to think about non-violence and to reinvest the notion of power. The dominant power, the one imposed on bodies, the power-over, is opposed to the inner power. A power that comes from oneself, from within: a « power of life, that resists, that makes, that produces and feeds itself not on the bodies of others, but from the fundamental elements that surround us: earth, air, fire and water. These elements are not sacred because some religion has anointed them, but because they are necessary for life and must be shared equally among all, managed in common. »  Power-over is the power of domination over the living. It is « ultimately the power of the gun and the bomb, the power of annihilation that sustains all institutions of domination. »  It represents the mode of action of patriarchal thought to break the bond, the deep connection, « to separate spirit and flesh, nature and culture, man and woman. » Power-over breeds exhaustion and violent ruptures that power-within can soothe.

Starhawk speaks of immanence or the Goddess to define inner power « that connects, nurtures, heals and creates. » A power like a vital drive that invites one to connect, feel and experience the living as a whole. A tangible living, but also an invisible and more abstract living, that of spirits and elusive forces that, if we invoked them and listened to them, we would be able to perceive. The power of the inside lies in this capacity, individual and collective, to feel, to recognize, to embrace or to protect.

So the exhibition can be seen as a circle formed by the works of artists from many different backgrounds. « In the circle, we sing each other’s names, we put our hands on each other’s bodies to comfort and heal them. We share our grief. ʺWhen do you feel powerless? When do you feel a sense of your own power?ʺ let us ask one another. » A transtemporal and transcultural circle that brings together artists from different eras and generations. Also from multiple cultural areas that combines as well China to Spain, through Senegal, the Caribbean, Iran, the Czech Republic, Reunion, Gabon, France or the United States.

From Séraphine Louis (1864-1942) to Brodette (born in 1998), the artists who seek the power of the inside in their flesh, in the secret, in the night, in the light, in their plant and animal alliances, in the metamorphosis of the living, in the silence, in the earth, in the cosmos, in the abysses, in the struggle or in the arcane of buried memories « Yes, the power of the inside is the power of the bottom, of the dark, of the earth; the power that comes from our blood, from our lives and from our passionate desire for the living body of the other. So the works are the residue of personal rituals. They manifest a vision, a burst, a breath, an awakening, a disturbance. Each of the artists deploys a singular imaginary where it is allowed to dream, to sing, to dance the obscure.

Inner power binds the invited artists. Listening to it, they participate in an organic, deep, incarnated, living plastic thought. Each one of them creates her own mythology from this power, from this vital impulse, from complex and ancestral imaginations that establish a common trajectory. Inner power connects everything. It invalidates margins and sclerosing hierarchies. Because it carries a timelessness, that of the living, it combines the History, the present and the future.

the bridge by christian berst
présente l’exposition
rêver l’obscur / une proposition de julie crenn


du 3 février au 27 mars 2022
vernissage le jeudi 3 février de 18h à 21h

+

+ https://christianberst.com/

Un commentaire

  1. Galerie Le Cabinet dUlysse

    Bonjour Julie et bonne année !

    J’espère que tu vas bien. Il est top ton texte sur Claude, bravo, j’adore !

    A bientôt,

    Stéphane Salles-Abarca

    Le Cabinet d’Ulysse 7-9 rue Edmond Rostand 13006 Marseille

    T +33 (0)4 91 42 76 38 P +33 (0)6 82 07 46 77

    http://www.lecabinetdulysse.com

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