
Dancing in the shadows of the midday sun _ Philip Grözinger
1st of may – 13th of june 2025
Galerie Mikael Andersen, København
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Whatever the outcome, what are we to do today in our home territories, as we flounder under the weight of our own inconsistencies?
Ariel Kyrou – Des imaginaires alternatifs pour la planète (Editions MF, 2024, p.242).
The exhibition is conceived as a set whose matrix is the painted work. Philip Grözinger paints a world that doesn’t exist, a society nourished by modernist utopias in which living beings desperately try to develop a strategy of joy. The colors are flamboyant, pop, childlike and joyful. The lights are radiant. Flowers are omnipresent. The eyes of the human-looking figures are wide, ecstatic, pathologically focused on objects that could make them happy: a bouquet of flowers, a cell phone, a swimming pool, the sun, the sky, a radio or a television. The figures strive to play, to maintain a life of leisure in an oh-so-superficial universe.These de-realized, anaesthetized figures choose immediate pleasures, quick gratification and dopamine bulimia. Their exorbitant eyes and apathetic gazes manifest behaviors as addictive as they are robotic. Our lives must remain instagrammable, in other words: the backdrops of capitalist fantasies symptomatic of a collective renunciation.
A motif is embedded in various places: a wooden ladder. The ladder embodies escape, evasion, the need to get away, to look elsewhere. The ladders rise up from the mountains, out of the open windows of houses and apartments. Their presence offers a critical opening for reflection on our withdrawn, unconscious, selfish and individualistic lifestyles. Philip Grözinger speaks of escapism. The dictionary defines this little-used concept as follows: « An attitude that consists in withdrawing from the world and civic life, through flight or disillusionment, as opposed to speaking out or taking individual or social action. Escape from reality. » So the artist creates a universe where the real and the fake are blurred. He sets the scene for an artificial, dysfunctional interior: a fireplace on which ceramic and bronze works are placed, a wooden television, a footstool, a game console, a bouquet of stylized flowers in minecraft style, etc. Philip Grözinger extracts motifs from his paintings to turn them into sculptural objects. He extracts motifs from his paintings to create sculptural objects. He writes: « For me, it’s all meant to symbolize the false nostalgia for a time when everything was better, and the retreat into the private sphere. »
In this escape from social and political reality, Philip Grözinger points out that « fake furniture and objects must simulate comfort and nostalgia while the world is on fire. » For a long time now, we’ve been living in the knowledge that our species is slowly disappearing as a result of our extractivist and polluting activities. We try to live a normal life in the knowledge that genocide is underway in Gaza, that war is being prolonged in Ukraine, others in Congo, Sudan and elsewhere. Climate catastrophes are also transforming the daily lives of millions of people. We try to hold on to a comfortable lifestyle while the human world teeters on the brink. In this sense, appearances here are largely deceptive. Philip Grözinger’s plastic choices function like a decoy, a thick layer of makeup or a mask. His work depicts a loss of bearings and values. Although the animated film is based on a painting, it is itself entirely generated by artificial intelligence. If omnipresent scales invite us to rethink a global situation, they also urge us to resist, to take back control of our existences to free them from mortifying dominant thinking, alienating algorithms and anxiety-provoking information (true or false).














French text :::
Quoi qu’il en soit de cette issue, que devons-nous faire aujourd’hui sur nos territoires de vie, tandis que nous tanguons du mal de terre sous le poids de nos incohérences ?
Ariel Kyrou – Des imaginaires alternatifs pour la planète (Editions MF, 2024, p.242).
L’exposition est pensée comme un décor dont la matrice serait l’œuvre peinte. Philip Grözinger peint un monde qui n’existe pas, une société nourrie d’utopies modernistes au sein desquelles les êtres vivants tentent, désespérément, de développer une stratégie de la joie. Les couleurs y sont flamboyantes, pop, enfantines et réjouissantes. Les lumières sont irradiantes. Les fleurs sont omniprésentes. Les yeux des personnages aux apparences humaines sont écarquillés, extasiés, concentrés d’une manière pathologique sur des objets qui pourraient les rendre heureux : un bouquet de fleur, un téléphone mobile, une piscine, le soleil, le ciel, une radio ou une télévision. Les figures s’évertuent à jouer, à entretenir une vie de loisirs dans un univers ô combien superficiel. Ces figures dé-réalisées et anesthésiées font le choix de plaisirs immédiats, de satisfaction rapide, d’une boulimie de dopamine. Leurs yeux exorbités et leurs regards apathiques manifestent des comportements aussi addictifs que robotiques. Nos vies doivent absolument rester instagrammables, à savoir : les décors de fantasmes capitalistiques symptomatiques d’un renoncement collectif.
Un motif s’incruste à différents endroits : une échelle en bois. Cette dernière incarne l’échappée, l’évasion, la nécessité de s’en aller, d’aller voir ailleurs. Les échelles se dressent sur les montagnes, elles surgissent des fenêtres ouvertes des maisons et des appartements. Leur présence propose une ouverture critique quant à une réflexion à propos de modes de vie repliés, inconscients, égoïstes et individualistes. Philip Grözinger nous parle ainsi d’escapisme. Le dictionnaire définit ainsi cette notion encore peu employée : “Une attitude qui consiste à se retirer du monde et de la vie civique, par fuite ou désabusement, par opposition à la prise de parole ou à l’action individuelle ou sociale. Évasion de la réalité.” Alors, l’artiste fabrique un univers où le vrai et le faux sont brouillés. Il dresse le décor d’un intérieur factice et dysfonctionnel: une cheminée sur laquelle sont disposées des œuvres en céramiques et en bronze, une télévision en bois, un pouf, une console de jeu, un bouquet de fleurs stylisées à la manière Minecraft, etc. Philip Grözinger extrait des motifs de ses peintures pour en faire des objets-sculptures. Il écrit : “Pour moi, tout cela est censé symboliser la fausse nostalgie du temps où tout allait mieux et le repli sur la sphère privée.”
Dans cette échappée du réel social et politique, Philip Grözinger précise que “les faux meubles et objets doivent simuler le confort et la nostalgie alors que le monde est en feu.” Depuis longtemps maintenant, nous vivons en sachant que notre espèce disparaît lentement du fait de nos activités extractivistes et polluantes. Nous tentons de vivre une vie normale tout en ayant conscience qu’un génocide est en cours à Gaza, qu’une guerre se prolonge en Ukraine, d’autres au Congo, au Soudan et ailleurs. Des catastrophes climatiques transforment aussi le quotidien de millions de personnes. Nous tentons de nous accrocher à des modes de vie confortables alors que le monde des humains vacille. En ce sens, les apparences ici sont largement trompeuses. Les choix plastiques de Philip Grözinger fonctionnent comme un leurre, une couche épaisse de maquillage ou bien un masque. Son œuvre dépeint une perte de repères et de valeurs. Si le film animé est réalisé à partir d’une peinture, il est en lui-même entièrement généré par l’intelligence artificielle. Si les échelles omniprésentes nous invitent à repenser une situation globale, elles nous engagent aussi à résister, à reprendre en main nos existences pour les libérer d’une pensée dominante mortifère, d’algorithmes aliénants et d’informations (vraies ou fausses) anxiogènes.

INFOMATIONS :::
- Galerie Mikael Andersen _ https://mikaelandersen.com/exhibition/dancing-in-the-shadows-of-the-midday-sun/