Compte-rendu exposition /// Le Fil des Possibles – Espace de l’Art Concret – Mouans-Sartoux /// ARTPRESS #419


Mai-Thu Perret

Mai-Thu Perret Wallpaper, 2008 (vue détail) Papier peint à motifs géométriques. Edition Wallpapers by Artists, Dijon. Dessin de Mai-Thu Perret Impression mécanique 1000 x 53 cm Collection de l’artiste © droits réservés

Il n’est pas aisé de penser une exposition sur l’art textile, les stéréotypes sont (trop) nombreux : un art de femme, du féminin, une pratique issue de l’artisanat ou de la mode. L’art textile, en France, est souvent envisagé d’une manière réductrice et galvaudée. À Mouans-Sartoux, les deux commissaires d’exposition, Alexandra Deslys et Claire Spada, ont mis en œuvre une présentation intelligente et sobre de l’art textile. Le Fil des Possibles étire le medium vers la peinture (sur toile, sur bois ou murale), le dessin, la vidéo et la photographie. L’exposition établit un dialogue entre la création contemporaine et des pièces textiles issues de la collection de Wilhelm Otten. L’industriel du textile a, depuis trente cinq ans, constitué une collection d’artefacts (la plupart réalisés au XIXème et au début du XXème siècle) récoltés au fil de ses voyages. Un ensemble qu’il présente dans son propre espace d’exposition à Hohenems et qu’il croise depuis quelques années avec l’art contemporain. Les deux commissaires ont donc sélectionné des pièces textiles issues de zones culturelles différentes (pays d’Asie et d’Afrique), ainsi que des œuvres textiles ou faisant écho au tissu. Si la réflexion est axée autour de la trame et du motif, l’exposition nous amène également vers d’autres territoires comme le corps, l’identité, le savoir-faire, le voyage et l’exil. L’idée de la trame est par exemple matérialisée par une encre sur papier de Pierrette Bloch. Sur le papier blanc, l’artiste répète un même geste, un point noir, la trace de la pointe de son pinceau. La répétition forme non seulement une trame, mais aussi une écriture. Plus loin, les œuvres d’Ismini Samanidou prolonge l’œuvre et l’histoire d’une figure majeure de l’art textile, Anni Albers. L’artiste grecque a en effet bénéficié d’une résidence à la Fondation Albers aux Etats-Unis. Là, elle a pu tisser sur un métier ayant appartenu à l’artiste allemande. Elle a également réalisé une œuvre à partir de lices dont Albers n’a jamais souhaité se servir. Les lices ont donc été attachées entre elles au moyen de fils Jacquard pour donner lieu à un tissage en volume. Le motif est envisagé de manières différentes avec les toiles de Jouy peintes par Pascal Pinaud, l’installation kitch d’Hervé Graumann (où l’accumulation des objets crée un motif répété) ou encore le papier peint de Mai-Thu Perret. Le rapport aux identités, sexuelles et /ou culturelles, est créé entre les tissus traditionnels et les œuvres contemporaines. Ainsi, les peintures d’Anthony Freestone présentent différents tartans vecteurs d’une identité spécifique : un clan ou une famille écossaise. Les photographies d’Ymane Fakhir inventorient son trousseau dont les objets sont soigneusement enveloppés de tissus. Peu à peu, une dimension politique s’inscrit dans le parcours : sur le torse de pulls tricotés par des femmes anonymes, s’inscrivent les algorithmes pixélisées des différentes phases d’une rébellion (Julien Prévieux, D’octobre à février – Série Rébellion, 2010). Jérémy Gobé produit une installation autour d’une industrie sinistrée, celle du feutre. Une vidéo témoigne d’une rencontre avec un territoire et d’anciens ouvriers, une sculpture a été conçue à partir de chutes de feutre, une peinture murale présente le fantôme d’une trame de feutre. L’exposition souligne la dimension humaine d’un medium qui intègre à la fois le quotidien, le corps et la mémoire.

Jérémy Gobé

Jérémy Gobé

Julien Prévieux D'octobre à février (Série Rebellion), 2010 Pulls en laine, cintres et patères métalliques 380 x 40 x 180 cm (l’ensemble) Production Château des Adhémar Collection Thibault Poutrel-Courtesy Galerie Jousse Entreprise, Paris. © droits réservés

Julien Prévieux
D’octobre à février (Série Rebellion), 2010
Pulls en laine, cintres et patères métalliques
380 x 40 x 180 cm (l’ensemble)
Production Château des Adhémar
Collection Thibault Poutrel-Courtesy Galerie Jousse Entreprise, Paris.
© droits réservés

Pascal Pinaud Sans titre, Mai 2004 - Juillet 2005 Acrylique, gel médium sur tissus d’ameublement contrecollé sur bois. 120 x 180 x 12,5 cm Galerie Nathalie Obadia, Paris et galerie Catherine Issert, Saint-Paul de Vence. © François Fernandez

Pascal Pinaud
Sans titre, Mai 2004 – Juillet 2005
Acrylique, gel médium sur tissus d’ameublement contrecollé sur bois.
120 x 180 x 12,5 cm
Galerie Nathalie Obadia, Paris et galerie Catherine Issert, Saint-Paul de Vence.
© François Fernandez

——————————————————————————————————————–

ESPACE DE L’ART CONCRET

++ ARTPRESS.COM

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :