[COMPTE RENDU EXPOSITION] L’Iris de Lucy – Musée d’Art Contemporain de Rochechouart /// ARTPRESS.COM


OTOBONG NKANGA In The Poursuite of Bling – The Transformation / 2014 Tapisserie – 190 x 175 cm Courtesy de l’artiste et In-Situ Galerie Fabienne Leclerc (Paris)

Lucy est considérée comme l’arrière grand-mère de l’humanité, le chaînon manquant de son Évolution. Sa dépouille est découverte en 1974 par des anthropologues en Éthiopie. Au même moment, Lucy in the sky with diamonds des Beatles envahit les ondes radio. Le nom de notre ancêtre est trouvé : Lucy. Pourtant, si l’on recontextualise la découverte, elle se produit en pleine période de décolonisation en Afrique. Le prénom occidental atteste d’une persistance coloniale, d’une appropriation violente. Pourquoi ne pas avoir choisi un prénom africain ? Les Éthiopiens l’appellent Dinknesh, tu es merveilleuse. L’histoire de Lucy constitue le socle de l’exposition, un projet itinérant, présentée une première fois au MUSAC à Leon (janv-juin 2016). Son commissaire, Orlando Britto Jinorio, choisit de baser sa réflexion sur l’histoire de Lucy-Dinknesh et formule un constat : les femmes et l’Afrique font l’objet d’une exclusion dans l’art.  Il décide alors de réunir les œuvres de vingt et une artistes africaines et/ou appartenant à la diaspora africaine. Des artistes de renom comme Jane Alexander, Ghada Amer, Berni Searle ou Julie Mehretu, et des artistes plus jeunes comme Fatima Mazmouz et Amina Zoubir. L’exposition est actuellement rejouée au musée de Rochechouart. Annabelle Ténèze propose une version revisitée et augmentée (25 artistes). En France, l’exposition bénéficie d’un statut quasi inédit. En 2015, le FRAC Lorraine a présenté Body Talk (commissariat : Koyo Kouoh), les deux expositions envisagent ainsi les scènes africaines du point de vue des femmes. L’Iris de Lucy engage une pluralité de problématiques : le corps (dans l’espace privé comme dans l’espace public), l’amour, le langage, la violence, l’exploitation ou encore la mémoire. Les artistes fouillent un espace où l’Histoire et l’actualité, l’expérience personnelle et l’expérience collective se rejoignent, dialoguent et s’entrechoquent. Nous découvrons par exemple une projection d’une série de photomontages de Jane Alexander. Les images en noir et blanc superposent les lieux traumatiques de l’Apartheid à ses créatures étranges et monstrueuses. Les constellations cartographiques de Bouchra Khalili traduisent les parcours effectués par les migrants d’une ville vers une autre, d’un continent vers un autre. Fatima Mazmouz crée un personnage à la fois absurde et politique : Super Oum, une femme enceinte vêtue d’un costume de super héroïne, Voilée et chaussée de bottes de cuir, Super Oum vaque à ses occupations dans sa maison et son jardin Elle est une héroïne du quotidien. L’histoire de l’art traverse également l’exposition. Plusieurs œuvres résultent en effet d’un détournement ou d’un déplacement d’œuvres occidentales. Tracey Rose revisite Le Baiser de Rodin en photographiant un homme blanc enlaçant une femme noire (The Kiss – 2001). Zoulikha Bouabdellah déconstruit la peinture occidentale en retenant leurs dessins repris au vernis à ongle rouge vif. Billie Zangewa pratique la tapisserie en assemblant des pièces de soie colorées. Son iconographie, principalement formée d’autoportraits, traduit le quotidien d’une femme noire à Johannesburg : insoumise aux normes, indépendante et moderne. Les artistes se jouent des métaphores, des mots et des références pour contrer les stéréotypes et sortir de l’exotisme tant convoité par l’Occident. L’exposition se termine sur une œuvre vidéo de Michèle Magema qui, en s’inspirant du mythe de Narcisse, embrasse et revêt un masque blanc. Elle formule un hommage au célèbre ouvrage de Franz Fanon, Peau Noire, Masques Blancs (1952) dans lequel il analyse le système colonial et ses répercussions durables. The girl with the kaleidoscope eyes

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MUSEE ART CONTEMPORAIN DE ROCHECHOUART

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