[COMPTE RENDU EXPOSITION] KATIA KAMELI – What language do you speak stranger ? /// THE MOSAIC ROOMS – London


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L’exposition de Katia Kameli pose une question riche et complexe : What language do you speak Stranger? Pour y apporter des réponses, l’artiste a choisi de réunir trois œuvres : The Storyteller, Stream of Stories (Chapter 2) et Le Roman Algérien. Tournée dans l’ancien opéra de Marrakech, The Storyteller présente un orateur, Abderahim Al Azalia, dont la spécialité est de conter les films indiens de Bollywood. Alors que nous sommes assis en demi-cercle face à l’écran vidéo, il conte les troubles de deux frères, Ramu et Mohan, qui cherchent à se libérer de leur condition. L’artiste structure une mise en abyme entre la tradition orale au Maroc et l’exubérance du cinéma de Bollywood. Elle fabrique des situations où les cultures se croisent et forment un troisième espace libre et critique. Dans la grande salle du centre d’art, elle déploie une installation Stream of Stories (Chapter 2), le second volet d’une réflexion portée sur les fables de La Fontaine et sur la littérature arabe. Elle émet en effet l’hypothèse de l’origine orientale des fables de La Fontaine, en établissant des corrélations entre les différents foyers culturels (indiens, perses, arabes) pour croiser les littératures, leurs illustrations et leurs traductions. À Londres, Katia Kameli concentre l’installation sur l’étude d’une fable, les Animaux malades de la peste, avec des collages, des masques, des écrits, des livres, des vidéos (entretiens avec les spécialistes) et des cartographies. Elle place le visiteur dans un espace qui se situe entre le cabinet de curiosité et la salle de recherche. Katia Kameli remet en cause la fixité des récits en brouillant et en déplaçant les certitudes.

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Au sous-sol, elle présente le Roman Algérien, une œuvre vidéo qui met en lumière l’activité de deux hommes, Farouk Azzoug et son fils, qui chaque jour, dans une rue d’Alger, installent, vendent et désinstallent sur une grille des centaines de cartes postales (originales et fac-similés). Les images reviennent sur l’histoire coloniale, l’histoire récente d’un jeune pays. En noir et blanc ou en couleur, elles incarnent la recherche d’un temps perdu, oublié, un sentiment de nostalgie, une envie de retrouver l’Algérie « d’avant ». Le rapport à l’image, à l’Histoire et à son récit est à la fois difficile et fortement désiré. Tour à tour, l’artiste interroge des passants, des historiens ou des sociologues sur la relation complexe aux images et aux récits qu’elles génèrent. La parole, qu’elle soit écrite ou dite, est placée au centre de l’exposition. Elle est l’outil de la transmission, de la traduction, de l’appropriation, du récit. À travers elles, Katia Kameli interroge les mécanismes de domination inhérents au langage. Quelle langue parlez-vous ? Qui écrit l’Histoire ? Pour qui ? Comment ? Son récit est-il fabriqué ? Mouvant ? Qui le traduit ? Avec quels mots ? Quelles langues ? L’Histoire n’est-elle pas tout simplement une immense fiction ? Ce sont alors les notions d’authenticité, de vérité, de culture, d’appartenance, d’identité qui sont remises en cause au sein d’œuvres, de situations réclamant de la part du regardeur un point de vue, un positionnement, une projection et une discussion.

Julie Crenn

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What Language Do You Speak Stranger?

16/09/2016 — 03/12/2016

Katia Kameli

Tues-Sat, 11am-6pm

KATIA KAMELI

+ + ARTPRESS

+++ THE MOSAIC ROOMS

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