L’UNIVERS ENVOUTANT DE CATHY BURGHI /// ARTENSION


Depuis quelques années, Cathy Burghi façonne un univers artistique mêlant poésie, expérience personnelle, conte, où le trouble s’empare de chaque élément. Elle poursuit un imaginaire peuplé d’oiseaux masqués, de femmes sans visages, d’arbres étranges, d’habitations inhabitables, d’objets hybrides, anthropomorphes et de constructions abstraites. Si elle a commencé sa carrière par la peinture et le dessin, sa pratique englobe aujourd’hui la sculpture, la photographie et la broderie. Trois techniques qui jouent aujourd’hui un rôle majeur dans sa production, notamment sur les questions de volumes et d’espaces.

Les femmes représentées par Cathy Burghi font l’objet d’un jeu de miroir, entre présence et absence. Des corps siamois, liés par des cordons fragiles, veineux. Elles luttent péniblement pour atteindre une individualité, une identité. Leurs visages sont toujours masqués, augmentés, dissimulés. Elles semblent comme sorties d’un sombre rêve, difficile à se remémorer. Une absence qui projette une profonde réflexion autour des identités : culturelles, sociales et sexuelles. L’artiste joue sur les troubles du corps. Elle questionne et bouscule son propre corps : déraciné, exilé, séparé de son pays natal, l’Uruguay. Un exil vécu dans la chair et retraduit plastiquement. Ainsi, le sang apparaît régulièrement dans ses dessins et peintures. Il est conducteur non seulement de la vie, mais aussi des sentiments (heureux comme douloureux), des interrogations de l’artiste mais aussi d’un érotisme latent.

Cathy Burghi fragmente les corps féminins et procède à des hybridations formelles. L’objet du quotidien est transcendé, anthropomorphisé et devient étrange, complexe. Non seulement les objets du quotidien, mais aussi la maison dans son ensemble. Le concept de foyer, de chez soi, est une préoccupation importante pour l’artiste qui explore la maison en tant que forme et en tant qu’objet. Ses maisons sont rendues inhabitables, elles ne sont ni confortables ni accueillantes. Des éléments viennent perturber notre conception habituelle de l’habitat : une mèche de cheveux, des œufs, l’absence de fenêtres et de portes,

Aux corps féminins, s’ajoute un univers où la nature exerce un rôle moteur. Cathy Burghi revisite le stéréotype de la femme liée à la nature, à la fécondité. Son travail photographique révèle une série d’autoportraits, où l’artiste, toujours installée dans un cadre naturel, incarne les femmes de ses dessins. Vêtue de rouge ou de blanc, le visage dissimulé sous une cage à oiseau ou un amas d’œufs blancs, elle est seule dans cet environnement inquiétant. Nous comprenons ainsi que chacune des femmes dessinées, peintes, brodées, sculptées et photographiées est une des facettes de l’identité de l’artiste.

Cathy Burghi nous invite et nous emporte dans son univers dont chaque élément est puisé dans sa chair, son histoire et ses questionnements intimes. Son œuvre est un cri contenu que nous percevons à travers des corps en résistance. Au-delà du caractère extrêmement personnel de son œuvre se joue une réflexion universelle sur des thèmes comme l’expérience féminine, l’exil, l’identité et la notion de foyer. La jeune artiste parvient à concilier personnel et collectif au sein d’une œuvre à la fois puissante, viscérale, intérieure et poétique.

Julie Crenn

Texte a paraitre dans le n°111 de la revue Artension : http://artension.um2d.com/?p=927

Voir aussi le site des Editions Derrière la Salle de Bains : http://leseditionsderrierelasalledebains.bigcartel.com/product/cathy-burghi-boite-livre

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