RAPHAEL BARONTINI /// Relasyon


Celebrations Series,
Untitled, 2011
mixed media on canvas
210 x 150 cm

Le Tout-monde est sensible à la chaleur des utopies, à l’oxygène d’un rêve, aux belles errances d’une poétique. Il nomme l’art, et sa divination, au principe de nos politiques globales et de nos paroles partagées. Il nous met à même de pressentir cette nouvelle région du monde, où nous entrerons tous ensemble, par tant de voies et de recours différents.

Edouard Glissant.

Colosses series,
Wacha wacha, 2011
mixed media on canvas
250 x 180 cm

Raphaël Barontini est un artiste de la Relation, il met sa peinture au service d’un discours engagé, poétique et audacieux. Au fil de son histoire, de ses expériences, de ses rencontres et de ses voyages, il se construit un répertoire iconographique et technique pluriel qu’il transfère sur ses toiles aux formats généreux. Tout en revisitant et en réinterprétant l’histoire de la peinture (natures mortes et portraits), il crée des interférences entre ce qui est apparemment (et traditionnellement) séparé et inconciliable : art-artisanat, orient-occident, onirique-politique.

Dressées sur de fins mats en métal, les peintures-bannières de Raphaël Barontini se font les étendards du Tout-Monde tel qu’il est énoncé par Edouard Glissant. Influencé et nourri par différents univers, différentes cultures, différents rythmes, l’artiste compose ses portraits en mêlant des registres de lectures variés. Il créolise et élargit les possibilités. C’est en ce sens que le carnaval joue un rôle moteur formellement et conceptuellement. Plus jeune, il jouait des percussions et vivait les moments de carnaval de l’intérieur : costumes, masques, bannières, musiques, chants, parades. Le carnaval, toutes aires culturelles confondues, est un moment singulier où les codes sociaux, genrés, raciaux sont renversés, travestis, bousculés. Chacun peut devenir autre, se transformer ou au contraire se révéler aux autres pendant cet épisode festif hors du temps, où tout devient possible. Le carnaval cristallise les oppositions, les contraires, il libère les corps et les codes. Il devient ainsi une translation vivante de la créolisation.

La créolisation, c’est un métissage d’arts, ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. C’est la création d’une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l’uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques.[1]

Celebrations Series,
Untitled, 2012
mixed media on canvas
210 x 150 cm

L’artiste examine les masques, les costumes, les parures, les motifs, les matériaux de ces manifestations populaires, festives et déroutantes. En instaurant un art proche de celui du collage, il prélève des fragments de ces accessoires pour composer ses figures hautes en couleurs, en symboles et en références. Leurs masques proviennent de plusieurs régions du monde, ils sont fabriqués de manière artisanale, pour des occasions particulières, une cérémonie, un évènement populaire, un film, une fête. Ils dissimulent leurs visages pour un projeter un autre : signe extérieur d’une identité (culturelle et/ou sexuelle) ou bien d’une revendication spécifique. Raphaël Barontini les décontextualise pour générer des portraits pensés comme les visages et les corps provenant de sources multiples : les arts des cours européennes, les pratiques contemporaines (Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat, Kara Walker, Wangechi Mutu), le graphisme, le street art, mais aussi une fascination pour les icônes musicales, politiques, locales (la prégnance de Saint-Denis est extrêmement forte dans sa réflexion) et les arts extra-occidentaux (pratiques vaudous, arts des caraïbes, art vernaculaire mexicain). On note aussi la récurrence des figures animales qui sont étroitement associées aux corps humains grâce à l’utilisation de masques, de peaux, de cornes. En résultent des portraits créolisés de corps mouvants, qu’il déploie au sein d’une pratique singulière de la peinture à travers laquelle toutes les associations sont permises. Les cultures et les influences se croisent pour donner naissance aux Colosses, aux Généalogies, aux poupées vaudous, aux Idoles, aux Portraits de Cours et aux Célébrations.

L’Europe fusionne avec l’Afrique, l’Amérique du Sud et la Caraïbe. Il puise ses références au creux d’un éclatement culturel qui nous ramène à l’histoire de l’esclavage et de la période coloniale. Une histoire construite sur la violence, l’aliénation et la déshumanisation que les auteurs, les poètes et les artistes s’attachent à recollecter et à cicatriser par la voix de la créolisation. Un mouvement à propos duquel l’écrivain caribéen Kamau Brathwaite précise que « le terme lui-même trouve ses origines avec la combinaison de deux mots espagnols criar (créer, imaginer, établir, trouver, installer) et colon (un colon, un fondateur, un pionnier) en criollo : un pionnier dévoué. »[2] Cette voix de la contamination transparaît dans le caractère hybride des figures aux allures mythologiques, impériales et populaires. Raphaël Barontini s’épanouit dans un contexte multiculturel, ses portraits en sont les miroirs, tantôt fiers, tantôt monstrueux, tantôt énigmatiques. Ils traduisent un imaginaire puissant vibrant et rhizomique.

Raphaël Barontini / http://www.raphaelbarontini.com/

Tumblr / http://raphael-barontini-studio.tumblr.com/


[1] JOIGNOT, Frédéric. « Entretien avec Édouard Glissant ». Le Monde 2, janvier 2005. Disponible sur Internet : http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2011/02/03/pour-l-ecrivain-edouard-glissant-la-creolisation-du-monde-etait-irreversible_1474923_3382.html

[2] VAUGHAN, Megan. Creating The Creole Island : Slavery in Eighteenth-century Mauritius. Durham : Duke University Press, 2005, p.2.

Colosses series,
Kamala, 2010
mixed media on canvas
250 x 180 cm

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