COMPTE RENDU EXPO /// UTOPARK – ERIC TABUCHI /// Centre d’art contemporain les Capucins – Embrun /// ARTPRESS.COM


Depuis quelques années maintenant, je regarde les images postées quotidiennement sur le mur Facebook d’Eric Tabuchi. Des photographies, les siennes ou bien des images patiemment récoltées sur Internet, qui dressent un paysage périurbain. Un territoire entre-deux, en constante mutation, où les constructions tutoient les ruines et les chantiers de destructions. Les images présentent des friches, des bâtiments dont les ossatures sont offertes aux yeux, des parcs d’attractions abandonnés ou des stations essence fantômes. Facebook est devenu un terrain de jeu où les images génèrent des correspondances formelles et conceptuelles. Un terrain de jeu que j’ai retrouvé au centre d’art contemporain Les Capucins à Embrun. Dans l’enceinte de la chapelle réhabilitée, Eric Tabuchi fabrique un nouveau paysage, l’amorce d’Utopark, un « parc » où les références s’entrecroisent, d’Alice au pays des Merveilles à Tchernobyl, entre l’enchantement et la monstruosité. L’entrée d’Utopark est signalée par une grille en métal forgé, prolongée de part et d’autre par deux escaliers en bois s’élevant vers une destination inconnue et infinie. L’idée d’un voyage, réel et fantasmé, est lancée. Il nous faut déambuler entre différents dispositifs modulables où l’architecture et la photographie sont interdépendantes : un château de grandes cartes en bois sur lesquelles sont contrecollées des images de bâtiments ; la reconstitution d’un brise-lame dont la structure en bois est pour moitié gainée de simili cuir noir, pour l’autre moitié dénudée ; la maquette d’un ancien plongeoir. Deux pistes de lectures surgissent : l’artiste invite à expérimenter un décor où les volumes semblent s’extraire des images. Des éléments qui pourraient aussi bien provenir d’un parc à thème, que d’un plateau de tournage de cinéma ou bien d’un camp d’entraînement de l’armée. Le décor représente une entrée pour questionner ce qu’est une exposition de photographie. Pour appréhender Utopark, il faut d’ailleurs adopter des points de vue précis pour voir les œuvres, qui, au fil de la circulation, se dérobent ou se dénudent. La notion d’entre-deux traverse véritablement sa réflexion, non seulement portée sur l’image et le paysage, mais aussi sur sa propre histoire. L’exposition comporte une dimension autobiographique, lorsque par exemple l’artiste fait référence au Japon (un père japonais, une mère danoise) : un wall drawing où le drapeau japonais apparaît en négatif ou encore un dessin (réalisé en collaboration avec Nelly Monnier) d’un bateau japonais reconstitué par les Américains après la Seconde Guerre. Entre deux cultures, entre le réel et la fiction, entre la construction et la ruine, entre la planéité et le volume, Eric Tabuchi hybride des formes et les sources. Dans la lignée des œuvres de Lewis Baltz et des acteurs de la photographie objective allemande, il manifeste un véritable attachement aux aberrations architecturales, au recensement, à la collection et à la restitution d’un projet vampirique et mélancolique.

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Article publié sur ARTPRESS.COM

Plus d’informations / CENTRE ART LES CAPUCINS

++ ERIC TABUCHI

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