COMPTE RENDU EXPO /// Tomaž Furlan – Wear Series (2005-2015) /// Musée Départemental d’art contemporain de Rochechouart /// ARTPRESS.COM


Wear XV, foto Robert Ograjenšek (2)

À l’occasion de la première exposition monographique de son œuvre, Tomaž Furlan (né en 1978) investit l’immense grenier du château de Rochechouart. Ce dernier abrite un terrain de jeu où les paradoxes s’entrechoquent. L’artiste slovène fait interagir la sculpture, la performance et la vidéo. À partir de matériaux de récupération, de métal, de bois, de pierre et de mousse, il pratique un art où le bricolage et le savoir-faire cohabitent. Tailleur de pierre et artiste autodidacte, Tomaž Furlan rappelle à la fois l’esprit de Marcel Duchamp, Jean Tinguely, Fischli et Weiss, Sarah Szee ou encore Wim Delvoye. Ses machines-sculptures rassemblent différentes notions : l’invention, l’utopie, la désillusion, la fatalité, l’effort et le jeu. Depuis dix ans, il développe des machines-sculptures qui sont à la fois des outils de performances donnant lieu à des projets vidéo, mais aussi des œuvres praticables par le regardeur-acteur. Ainsi, dès l’entrée de l’exposition, nous sommes invités à toucher et à tester les œuvres. Notre corps est mis à l’épreuve par des gestes absurdes comme celui de s’asseoir sur un banc en bois et de ramer pour déclencher le tintement de pièces de monnaie enfermées dans un tuyau translucide. Nous pouvons aussi introduire des balles de ping-pong dans différents tuyaux, marcher (ou bien sauter) sur des portières de voitures, graver une plaque de métal à l’aide d’un long clou ou encore risquer de nous balancer en arrière sur une structure métallique. Conjointement aux œuvres-machines sont présentés des films qui apparaissent comme des modes d’emploi incitant à imiter les gestes et les attitudes de l’artiste en expérimentant à notre tour les engins abracadabrants. Les machines-sculptures impliquent la répétition de mêmes gestes, en ce sens un lien profond avec le monde ouvrier est souligné.

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Le corps, uniquement pensé comme un outil de travail, génère un effort constant, un souci d’efficacité et donc de production. Entre le mythe de Sisyphe, le Chaplin des Temps Modernes et la figure du savant fou, Tomaž Furlan travaille le corps-machine. C’est par la dérision, l’absurde et la dimension contre-productive qu’il parvient à nous faire réfléchir à ces problématiques liées à notre quotidien.

Un sentiment mélancolique traverse l’exposition. Si, au premier regard, les sculptures-machines peuvent être envisagées comme des éléments ludiques, elles se transforment rapidement en outils de tortures : si l’une nous donne une claque, l’autre nous empêche de prendre une fourchette sans nous coincer la main. Il s’agit heureusement de douces tortures, aucun mal ne nous est fait. Les chocs sont toujours épargnés par la présence de mousse, seule l’illusion de la douleur est activée par notre relation physique à la machine. D’autres œuvres traduisent l’empêchement. Harnaché de prothèses en béton, l’artiste est freiné dans ses déplacements. Plus loin, chacun de ses gestes quotidiens est rendu payant. Une pièce de monnaie doit être injectée pour obtenir l’eau courante, pour changer de chaîne ou pour se rendre aux toilettes. Au fil de notre déambulation, le climat se transforme, l’obscurité gagne et le brouhaha s’installe. En jonglant en permanence entre le tragique et le comique, Tomaž Furlan porte un regard sombre sur notre société où la (sur)production et la déshumanisation l’emportent sur la liberté et le plaisir.

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Article publié sur ARTPRESS.COM

Plus d’informations / MUSEE ART CONTEMPORAIN – ROCHECHOUART

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