[TEXTE EXPOSITION] PHILIP GROZINGER – AWAKENING OF THE SOMNAMBULIST /// Galerie Maia Muller – Paris


PHILIP GRÖZINGER
AWAKENING OF THE SOMNAMBULIST
14.10.2017 – 25.11.2017

Maïa Muller est heureuse de présenter Awakening of the somnambulist, la première exposition personnelle de Philip Grözinger en France.

Les années 1950 et 1970 ont nourri les fantasmes de progrès les plus fous quant aux transformations de nos vies à l’approche de l’an 2000. Des projections de vies sur de nouvelles planètes, où les humains circulaient à bord de vaisseaux ultratechnologiques, avaient la capacité de voler, ou bien étaient dotés de corps augmentés, puissants et libres. L’année 2000 est arrivée, les transformations n’ont pas été aussi fulgurantes que prévu. Les peintures de Philip Grözinger sont à la fois empreintes d’une déception, d’une désillusion liée à la fin des utopies, mais aussi d’un espoir et d’une lucidité par rapport au monde présent. Elles figurent un monde, une société qui n’existe pas, un non-lieu, une non-culture située dans une temporalité indéfinie. Un monde où chaque individu est libre de son corps, de ses choix, de ses déplacements. Un monde pensé à l’horizontale, sans hiérarchie, sans norme, sans cadre. L’artiste explore ainsi les notions
d’utopie, de dystopie et de contre utopie. Influencé par la littérature des années 1950 et le cinéma SF, Philip Grözinger s’immisce dans une temporalité et un espace entre-deux : entre le passé et le futur, entre la terre et l’espace, entre la renaissance et l’effondrement, entre le vivant et la machine, entre les genres, entre les espèces. Il croise les temporalités, les géographies, les corps, les cultures, le réel et la fiction, pour donner lieu à de nouvelles situations, un lieu commun où les humains et non-humains cohabitent et interagissent.1 Des situations absurdes et poétiques qui installent une véritable réflexion critique sur nos sociétés, qui participe à la construction d’une « vision, modelée de ce qui doit être changé et de ce qui doit être craint dans la topographie d’un présent impossible, mais bien réel, tout cela dans le but de trouver ce qui est aujourd’hui absent, mais, peut être possible : un autre présent. »2

Les œuvres attestent d’un balancement permanent entre deux dimensions que l’artiste traduit et manifeste avec une grande liberté : les choix chromatiques extrêmement contrastés, la cohabitation de la lumière et de l’obscurité, la rapidité d’exécution, le travail par couches, la variété des outils et des médiums (pinceaux, bombes, acrylique, huile, etc.) impliquant des gestuelles et des traitements multiples. Les décisions plastiques de Philip Grözinger résultent d’une urgence, d’un excès et d’une inquiétude qu’il transpose sur les toiles. L’oscillation entre les ténèbres et la lumière est permanente, comme insoluble. L’artiste confie vouloir instiller de l’espoir à travers ses peintures. L’espoir de voir s’épanouir des sociétés plus libres, plus tolérantes, plus paisibles, débarrassées des rapports d’oppression et d’exploitation entre des espèces prétendument dominantes et dominées. Pourtant, les figures humaines et non humaines semblent engluées dans ce qu’elles ont produit, elles s’hybrident aux machines et inversement les machines s’anthropomorphisent. Les œuvres posent la question de la mutation des corps, mais aussi de la destruction et de la reconstruction du vivant. L’artiste représente des êtres en fuite, des voyageurs, des migrants. Des êtres débarrassés de leurs identités, aux yeux exorbités, aux traits clownesques ou aux visages exagérément souriants, se déplaçant à bord d’une barque ou d’une fusée. Des êtres en quête d’un ailleurs, d’une autre planète. En ce sens, Philip Grözinger porte un regard critique sur nos sociétés productivistes et consuméristes, prônant l’excès et le besoin compulsif. « La préoccupation productionniste qui a caractérisé de très nombreux discours et pratiques occidentales semble avoir fait de l’hypertrophie quelque chose de merveilleux : le monde entier est refait à l’image de la production de marchandises. »3 Entre la fin du monde et une volonté de reconstruction, la monstruosité et le merveilleux, les peintures présentent un monde abîmé, désorienté, imprévisible, plastique, tropant à volonté.4
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1. Les termes en italiques sont empruntés à la pensée de Donna Haraway.

2. HARAWAY, Donna. « Les promesses des monstres : politiques régénératives pour d’autres impropres/inapproprié.e.s », in DORLIN, RODRIGUEZ. Penser avec Donna Haraway, Paris : PUF, 2012,p.159-160.

3.Ibid., p.164.

4. « La nature est également un tropos, un trope. C’est une figure, une construction, un artefact, un mouvement, un déplacement. […] Fidèle au grec tropos, la nature se rapporte à ce qui tourne. En « tropant », nous orientons la nature comme nous le faisons avec la Terre, la matière première géotropique, physiotropique. » (HARAWAY, 2012, p.162 – 163)

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ENGLISH VERSION /

Maïa Muller is pleased to present Awakening of the somnambulist, Philip Grözinger first solo show in France.

The 1950s and 1970s nurtured the most daring ideas on progress and the way it was bound to transform our everyday as we approached the year 2000 – visions of life on new planets where humans would move about in ultra-high-tech craft, have the ability to fly or benefit from powerful, liberating augmented bodies. The year 2000 eventually arrived, but the changes were not quite as dazzling as expected. The paintings of Philip Grözinger are simultaneously imbued with a sense of disappointment and disillusionment prompted by the end of utopias, and with hope and lucidity as regards the present age. They depict a world or society that doesn’t exist, a non-place or non-culture situated in an undefined temporality. Theirs is a world in which each individual has complete freedom over their body, choices and movements; a horizontal world, without hierarchy, norm or framework, through which the artist explores notions of utopia, dystopia and counter-utopia. Inspired by 1950s literature and science-fiction films, Grözinger operates in an interstitial timespace – between past and future, between earth and space, between rebirth and cataclysm, between the living and the machine, between genres and species. His work intertwines temporalities, geographies, bodies, cultures, reality and fiction to produce new situations, common places where humans and non-humans coexist and interact.1 These absurd and poetic situations give rise to a truly critical reflection on society, which forms part of the attempt to construct a ‘patterned vision of how to move and what to fear in the topography of an impossible but all-too-real present, in order to find an absent, but perhaps possible, other present.2

Grözinger tries to strike a balance between these two dimensions, which he translates and materialises with great artistic freedom in his paintings: the stark colour contrasts, the conjunction of light and darkness, the speed of execution, the layered compositions, the variety of tools and mediums used (brushes, spray cans, acrylics, oil, etc.) imply a multiplicity of gestures and treatments. Grözinger’s formal decisions are born from emergency, from a feeling of excess and anxiety, which he aptly transposes onto the canvas. The oscillation between darkness and light is permanent, as though inextricable. According to the artist, he wants to convey a sense of hope. The hope of seeing the rise of freer, more tolerant and more peaceful societies that have emancipated themselves from the relationships of oppression and exploitation between supposedly dominant and dominated species. Yet the human and nonhuman figures in his images seem to be stuck in the product of their own making; they hybridise with machines while, conversely, the machines anthropomorphise. Grözinger’s works pose the question of physical mutation, but also of the destruction and reconstruction of the living. They represent fugitives, travellers, migrants – beings bereft of their identities, with bulging eyes, clownish faces or garish smiles, travelling aboard ships or rockets; beings in search of an elsewhere, of another planet. Grözinger thus takes a critical look at our productivist and consumerist societies, which promote excess and compulsive desires: ‘The preoccupation with productionism that has characterized so much parochial Western discourse and practice seems to have hypertrophied into something quite marvelous: the whole world is remade in the image of commodity production.’3 Between doomsday scenario and reconstruction, between the monstrous and the supernatural, Grözinger’s paintings present a damaged, disoriented, unpredictable, plastic, tropingworld.4

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1 The words in italics are borrowed from Donna Haraway.
2 Haraway, ‘The Promises of Monsters: A Regenerative Politics for Inappropriate/d Others’, in Lawrence Grossberg et al., eds., Cultural Studies (New York: Routledge, 1992), 295.
3 Ibid., 297
4 ‘Nature is also a trópos, a trope. It is figure, construction, artifact, movement, displacement. . . . Faithful to the Greek, as trópos nature is about turning. Troping, we turn to nature as if to the earth, to the
primal stuff – geotropic, physiotropic.’ Ibid., 296.

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PHILIP GRÖZINGER
AWAKENING OF THE SOMNAMBULIST 

14.10.17 – 25.11.17
vernissage samedi 14 octobre de 13h à 21h

GALERIE MAIA MULLER – Paris

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