[TEXTE EXPOSITION] SUZANNE HUSKY – KHLORIS, CLOROX /// Galerie Alain Gutharc, Paris


Douceur de Fleurs (2018) / Vases en faïence

« Les Déesses et les Dieux ne sont pas de simples entités psychologiques, existant dans l’âme comme si l’âme était une grotte retirée du monde ; aux aussi sont réels, ils sont les moyens de penser-en-choses des forces réelles, des expériences réelles. »

Starhawk – Rêver l’obscur (1982)

Dans la mythologie grecque, Khloris (ou Chloris) est la nymphe des fleurs, aimée de Zéphyr, le dieu du vent. Au XVe siècle, Sandro Botticelli lui attribue une représentation devenue célèbre à la fois dans Le Printemps (1478-1482) et dans La Naissance de Vénus (1484-1485). Entourée de fleurs, elle incarne le monde végétal. Le prénom mythologique est choisi par Suzanne Husky pour sa première exposition personnelle à la galerie Alain Gutharc. Un choix qui s’inscrit pleinement dans un engagement politique qui prend ses racines dans l’écoféminisme. Alors, le prénom convoque une histoire, non seulement celle d’une femme qui a pris soin de la nature, mais aussi celle des sorcières d’hier et d’aujourd’hui. Une histoire où le care et l’activisme forment une alliance. Khloris est l’un des visages du panthéon de l’immanence (une pensée vivante, en mouvement) incarnée la Déesse, une entité plurielle, un cercle qui réunit les mythologies, les croyances et les savoirs. L’histoire ancestrale de la Déesse est fondée sur un ensemble de luttes et de contre-pouvoirs. Starhawk, figure iconique de l’écoféminisme, écrit : «  Oui, le pouvoir-du-dedans est le pouvoir du bas, de l’obscur, de la terre ; le pouvoir qui vient de notre sang, de nos vies et de notre désir passionné pour le corps vivant de l’autre. »[1]

Suzanne Husky donne des formes et des matériaux au pouvoir-du-dedans. Ses œuvres traduisent une attention inquiète envers un ensemble de comportements, de décisions politiques et de dérives menant à la destruction du Vivant. Ces dérives, structurées par le système patriarcal et néolibéral, sont activées par des choix et des gestes quotidiens : faire ses courses au supermarché, conduire une voiture, faire la lessive, faire le ménage, acheter des vêtements, construire une maison ou partir en vacances. La manière dont nous agissons et consommons au quotidien comporte un ensemble de conséquences dont l’impact est plus ou moins visible, plus ou moins pérenne sur notre environnement. En ce sens, Suzanne Husky travaille à partir de bouteilles de détergent (lessives, eau de javel) et produits alimentaires (huiles). En respectant les objets originaux (formes, couleurs, textes, motifs), elle réalise ainsi des vases en faïence émaillée. Parce qu’elle utilise des terres locales, des teintures et des couleurs naturelles, l’artiste manifeste une conscience des enjeux éthiques et politiques de sa réflexion plastique. Chaque vase accueille des bouquets de fleurs sauvages qui exacerbent les paradoxes. Le champ lexical, les motifs floraux et les couleurs participent d’une séduction trompeuse : promesse d’exotisme, de senteurs rares, de bien-être, de santé et de voyage. Les représentations florales et végétales subliment les ingrédients chimiques. Le packaging truffé de contradictions mêle l’exotisme aux principes de précautions. Les logos noirs, rouges et orange présentent des flammes, des têtes de mort et autres signes de danger auxquels la grande majorité des consommateurs ne prêtent pas attention.

Jérôme – 2018
tapis

Lorsque Suzanne Husky revisite la tapisserie historique de La Dame à la Licorne pour représenter une scène de destruction de la forêt, elle manipule à son tour la stratégie de la sublimation (La Noble Pastorale). L’œuvre nous séduit, puis nous amène à réfléchir à la brutalité de la pensée dominante. Il en est de même avec les tapis Jérôme et Mars Bitches, qui pour l’un raconte l’histoire de Jérôme Laronze, un paysan abattu par un gendarme le 20 mai 2017 ; et pour l’autre traite de la violence des classes à San Francisco. Les œuvres de Suzanne Husky attestent ainsi de la conscience d’un rôle et d’une responsabilité en tant que citoyenne, en tant que qu’artiste, en tant que femme. L’artiste dénonce une banalisation de la dérive, une indifférence généralisée et une participation paresseuse et aveugle à un système mortifère. Sa pratique nous invite au sursaut et à la résistance. En investissant les champs ancestraux de l’art en pratiquant notamment la céramique et l’art tissé, l’artiste tend à fabriquer de nouveaux récits, de nouvelles images, de nouvelles pratiques visant à célébrer le pouvoir-du-dedans dont nous sommes les acteurs et les actrices.

[1] STARHAWK. Rêver l’obscur – Femmes, magie et politique. Paris : Cambourakis, 2015, p.39.

Mars Bitches – 2018
Tapis

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SUZANNE HUSKY – KHLORIS, CLOROX

Vernissage le samedi 24 novembre 2018

Exposition du 24 novembre 2018 au 12 janvier 2019.

Galerie Alain Gutharc, Paris.

GALERIE ALAIN GUTHARC, Paris

++ SUZANNE HUSKY

 

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