[TEXTE EXPOSITION] CLAUDIO CORTORTI – Divario /// Galerie Maia Muller, Paris


Sober love – Huile sur bois – 22 x 16 cm – 2018

À Naples, Claudio Coltorti étudie les Lettres anciennes et modernes à l’université. Il se lasse et travaille dans les bars et les restaurants. En 2010, il quitte Naples pour s’installer à Paris. Il retrouve les bars et les restaurants. Le soir, il dessine, pour lui. Des petits formats, des encres sur papier, des tâches entremêlées de dessins au crayon. Les rencontres l’amènent vers l’école des Beaux-arts de Paris où il va étudier pendant cinq années. Dans l’atelier de Jean-Michel Alberola, Claudio Coltorti est entouré de peintres. Piqué par la curiosité du médium, il prend les pinceaux et la couleur. Au même moment, il est véritablement choqué par la découverte des œuvres de Francis Bacon au Centre Pompidou. Ces éléments de son histoire donnent une entrée et une perspective à sa recherche picturale.

À la Galerie Maia Muller, Claudio Coltorti réunit un ensemble de peintures réalisées en 2019. Deux œuvres un peu plus anciennes s’immiscent dans la sélection. Uomo di niente (2018), « l’homme de rien », est la première tentative de représentation de la figure humaine dans son travail. Jusqu’ici, il dessinait et peignait les objets, « ce qu’il y a autour de l’humain ».[1] Il observait et représentait les éléments d’un décor quotidien impliquant une présence humaine. Celle-ci était sobrement suggérée par une tasse de café ou bien un écran énigmatique. Uomo di niente présente une silhouette orangée disposée dans un espace défini. Si la silhouette, résumée à une ligne, est clairement dessinée, le corps n’est que couleur et abstraction. L’œuvre annonce une nouvelle recherche picturale qui mêle autant la figuration que l’abstraction à l’image d’œuvres comme Curtain (2019) et Peppe le poissonnier (2019). Ici, le rideau et la cuisine sont des prétextes pour fouiller la matière, la couleur et la lumière. La figure humaine l’amène à peindre des scènes vécues qu’il travaille de mémoire, ou encore des situations inventées ou bien observées. Sans modèle, il peint avec une distance vis-à-vis de ces sujets. Au fil des œuvres, il construit un répertoire de motifs : une cigarette, des mains lourdes, un carnet, des bottines, une tasse de café.

Inspiré par l’art de la Renaissance, la sculpture grecque antique et les œuvres d’artistes comme Louis Fratino ou Lenz Geerk, Claudio Coltorti tend à réaliser « une peinture qui appartient à la peinture. » Une peinture qui n’est pas seulement définie par l’époque dans laquelle elle s’inscrit, mais davantage dans une histoire de la peinture sans limites de temps. Il dit d’ailleurs rechercher « une temporalité qui soit similaire à la nôtre pour voir la réalité autrement. » C’est dans cet écart à la fois de perception, de mémoire et de temps que réside la dimension poétique de son œuvre. Les peintures, réalisées sur toile, sur bois ou sur papier, présentent des scènes de vies quotidiennes : un individu endormi au comptoir d’un café, un couple enlacé, le bas d’une jupe, une femme qui fume. Toujours dans cet écart, nous retrouvons les indices de notre époque : un Smartphone, un terrain de foot, le métro, le motif d’un nuage imprimé sur un sweater, une voiture, un ordinateur. L’artiste travaille actuellement à partir de la lumière générée par les écrans, la manière dont elle irradie sur les visages et les objets. La lumière n’y est jamais éclatante, agressive, bien au contraire, elle est quasiment éteinte. Elle existe suffisamment pour définir le trait et pour révéler les corps et les objets. Elle nous plonge dans une intimité et une intériorité exacerbées par le choix des formats extrêmement réduits. « Les peintures sont des objets, elles tiennent dans la main. » Entre l’histoire et le présent, entre le sfumato et l’épaisse fumée d’une cigarette, Claudio Coltorti joue la complexité d’une peinture qui existe dans l’écart, celui d’un espace-temps quasi indéfinissable ouvert à nos récits subjectifs.

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[1] Toutes les citations sont extraites d’une conversation téléphonique avec l’artiste, 2 mai 2019.

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CLAUDIO COLTORTI / DIVARIO

VERNISSAGE JEUDI 6 JUIN

06.06.19 – 20.07.19

+ GALERIE MAIA MULLER – Paris

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