[PUBLICATION] OLIVIER GARRAUD – L’OFFICE DU DESSINS – Editions FP&CF

Première monographie consacrée au travail d’Olivier Garraud, «L’Office du dessin» rassemble près de dix années de productions illustrées . Éminemment politique, le travail d’Olivier Garraud se situe aux frontières de plusieurs démarches : à la fois celle d’un artiste qui tient un ambitieux projet protocolaire illustré et inédit, mais aussi celle d’un observateur intransigeant face aux abus et aux dysfonctionnements de notre société et de notre mode de vie occidental.

Ce recueil généreux est complété par les textes critiques d’Éva Prouteau, Julie Crenn et Barbara Soyer. Olivier Garraud propose aussi dans cet ouvrage un ensemble de textes plus personnels sous la forme d’une introspection artistique, ce qui permettra aux lecteur.ices de mieux appréhender sa démarche et son travail plastique.

Cette monographie a reçu le soutien de la Région Pays de la Loire.


Vous avez un message

Olivier Garraud

Julie Crenn

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De son enfance, Olivier Garraud se souvient d’une pratique constante du dessin. Il se souvient d’un livre consacré au trait satirique de Jacques-Armand Cardon. Il en gribouille les pages et colorie les dessins en noir et blanc. Ce livre ne l’a pas quitté. Il se souvient aussi des pochettes des albums des groupes de métal, des films d’action du cinéma américain, des images de guerres diffusées à la télévision, de sa peur jusqu’à se cacher sous la table. Voici là les ingrédients fondateurs de sa pratique artistique : la conscience d’une violence, d’une injustice, d’un déséquilibre profond que le dessin peut visibiliser. Alors, à travers un projet de vie nommé L’Office du dessin qu’il débute en 2016, Olivier Garraud déploie ce qu’il appelle un “catalogue d’idées” qu’il met en oeuvre par le dessin (sur papier ou mural), par la sculpture, l’affiche, l’animation ou encore le multiple. Chaque jour, il note dans son précieux carnet des idées, des questions qui lui servent d’engrais pour la réalisation de ses œuvres. Les idées proviennent d’un désamour puissant envers la société dans laquelle nous vivons. L’artiste consacre un temps important à construire une pensée critique envers une idéologie dominante qui soumet les corps, qui discrimine, oppresse, assigne et méprise toustes celleux qui la refusent. Avec en tête la lecture des textes de Debord, Bourdieu, Rancière et Eribon, Olivier Garraud nous engage ainsi à déconstruire la société du spectacle, de la consommation, de la communication, des médias ou encore de la propagande.

Trop tard…

En 2016, alors qu’il commence L’Office du dessin, il rencontre le travail de David Shrigley. L’artiste britannique réalise des dessins libres et maladroits augmentés de mots ou de phrases courtes. La simplicité, l’humour et la franchise de ses œuvres marquent Olivier Garraud. De la même manière, il se nourrit de l’oeuvre de Dan Perjovschi, qui, armé de son marqueur noir, dessine sur les mur, les vitres, le papier et toutes autres surfaces, pour dénoncer la corruption en Roumanie et partout ailleurs, les crimes de guerre, les injustices (géo)politiques et sociales. Dans les pas d’autres d’artistes engagé.es comme Robert Crumb, Taroop & Glabel, Jeremy Deller, Jenny Holzer ou Mazen Kerbaj (la liste est loin d’être exhaustive), Olivier Garraud fait le choix d’une esthétique modeste et pragmatique. Il fait le choix d’une œuvre message, d’un art franc qui lui permet d’aller droit au but. Ligne claire, noir et blanc, pages quadrillées, il s’adresse directement à nous. L’Office du dessin (compris comme un corpus d’œuvres) atteste d’une rigueur à la fois technique et esthétique. A la surface de feuilles de papier à petits carreaux, il trace les contours, les lignes de ses formes et des textes bâtons. Il accentue ainsi une dimension administrative, synthétique et méthodique qui engendre une distance entre l’œuvre et son message. Olivier Garraud s’inscrit ainsi dans le champ du dessin direct (avec le sens activiste de l’action directe), un dessin engagé, percutant et libre. Il sonde ainsi le monde du travail, générateur d’aliénation et d’asservissement : “vous serez tous rentabilisés jusqu’au dernier” – “merci de subir la domination individuellement et docilement” – “je suis un bon citoyen – je travaille –  je consomme – et je me tais”. Il traduit aussi le poids de l’impuissance et les stratégies de découragement à toute forme de résistance : “toute alternative serait utopique – merci de ne rien tenter” – “ne critiquez pas – ne récriminez pas – ayez confiance – collaborez” – “sans issue”. Olivier Garraud pointe autant la violence de classe (“Votre liberté s’arrête là où commence celle des milliardaires.”) que celle de la remise en cause des libertés et des droits fondamentaux (sur le fronton d’une mairie, la devise française est rayée d’un trait, un autre dessin dit : “libéralisme est liberté – capitalisme est égalité – individualisme est fraternité”). L’artiste s’attache à mettre en critique les médias (un portrait stylisé de Vincent Bolloré est surmonté “une démocratie sous influence”), les violences d’état (notamment les violences policières – “Statu – Quo”), à dénoncer les conséquences toxiques de l’économie libérale sur nos ecosystèmes (“l’agriculture intensive ca détruit tout ca fait de la bouffe dégueulasse mais ça  remplit les poches des actionnaires”), la montée des fascismes et le génocide en cours à Gaza. Evidemment, tous les segments mis en critique sont interdépendants. Au centre du schéma, l’argent fait loi.

Bientôt !

Parce qu’il s’empare de l’autoritarisme et de la médiocrité de nos systèmes, Olivier Garraud a un message à nous adresser. Animé par ce qu’il appelle un “devoir d’optimisme”, il nous engage à prendre du recul, à préciser nos positions, à prendre nos responsabilités, à mettre en critiques nos choix et nos comportements vis-à-vis d’une machine broyeuse dont les mécanismes sont bien huilés. S’il est en partie nourri de dessin de presse, son objectif n’est en aucun cas de réagir à un évènement précis. L’artiste s’attache à un questionnement de l’époque avec des propositions de type fondamentales. Il nous interpelle quant à nos existences et ce que nous choisissons d’en faire. Soucieux des libertés, de commun, de droit  et de justice, Olivier Garraud déploie une œuvre qui invite au sursaut collectif. En ce sens, il vient piquer la communauté des humain.es qui semble frappée par le renoncement, l’anesthésie, l’indifférence et l’impuissance. Il est plus confortable de suivre une direction programmée, que de fabriquer des chemins de traverse et des alternatives de vie. “Il était une fois le capitalisme – point final – enfin soit-disant – cela dit si vous souhaitez la suite de l’histoire il faudra bien se décider à passer à autre chose.” Le désespoir et l’impuissance engendrés par le système ne doivent pas sidérer le collectif, bien au contraire, le poids du monde doit nous rendre imaginatif.ves pour écrire d’autres récits, travers d’autres chemins, saboter les mécanismes, parler, s’organiser, désobéir et refuser ces normes en lesquelles nous ne nous reconnaissons définitivement pas. En ce sens, L’Office du dessin est un mode d’emploi à entrées multiples, un laboratoire de réflexion et de débat pour échafauder collectivement des solutions pour nous sortir de ces violences systémiques imposées par une minorité dont la richesse est indécente. L’œuvre appelle au soulèvement et à la révolution. L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire.



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