L’INTERCULTURALITÉ EXOTIQUE


Road For Exil 2008

Comment dépasser un enfermement culturel dans lequel la critique, les institutions et parfois même le spectateur consignent les artistes ? Comment sortir des stéréotypes liés à son origine ou à sa culture natale ? Comment faire évoluer positivement la critique des arts extra-occidentaux ? Autant de questions auxquelles des artistes comme les Camerounais Pascale Marthine Tayou et Barthélemy Toguo, les Sud-coréennes Kimsooja et Sookyung Yee et l’Indien Sudodh Guptaont ont choisi de donner, à travers leurs œuvres, des éléments de réponses et de réflexion.

——————————————————————————————————————–

 » L’exotisme ne surgira pas.  »
Victor Segalen, Essai sur l’Exotisme

Il n’est aujourd’hui plus possible d’envisager le monde et l’art contemporain à travers des cultures autonomes et distinctes, au contraire le transnationalisme est la clé pour appréhender un monde en mouvement perpétuel où les échanges sont constants et permanents. Des échanges de toutes sortes et de toutes formes que nous retrouvons dans de nombreuses pratiques artistiques. Il est donc ici question d’artistes qui pour s’extraire de ce marasme souvent caricatural utilisent volontairement des signes de leurs cultures originelles respectives afin de les inscrire et de les transposer avec intelligence aux problématiques actuelles. Ces dernières sont en lien avec le mouvement globalisant aspirant dangereusement et lentement les spécificités culturelles, le particulier et l’insoupçonnable. Un mouvement dont les traits négatifs peuvent être effacés en fonction de la compréhension qui en est faite par les artistes, peut s’avérer salvateur et créateur de nouvelles formes. De même, la globalisation peut engloutir les singularités ou bien être un moteur formidable dans le domaine culturel.

Une esthétique du divers

Comment préserver une identité culturelle unique tout en s’impliquant activement dans la spirale globale ? Pour y réfléchir nous avons souhaité éclairer une partie de la scène artistique interculturelle active depuis les années 1990/2000, née avec l’essor des théories postmodernes et des expositions dédiées aux arts extra-occidentaux qui ont trop longtemps été laissés de côté. Des bottari, des sacs plastiques, des aquarelles, des sculptures en bois, de la porcelaine brisée ou des casseroles, voici les signes retenus par Kimsooja, Pascale Marthine Tayou, Barthélemy Toguo, Sookyung Yee et Sudodh Gupta. Les trois premiers sont des artistes dits diasporiques, en exil. Ils transportent avec eux une double culture ou même une multiculture qu’ils mettent à profit dans leurs pratiques artistiques. La situation complexe qu’est celle de l’artiste en transit l’amène à réfléchir le monde au-delà des frontières et des cultures nationales. Il est le garant d’une interculturalité devenue aujourd’hui incontournable sur la scène artistique contemporaine. Plus avant la naissance de l’art interculturel, nous pouvons penser aux peintures de Jean-Michel Basquiat qui, dès le début de sa carrière, a entremêlé l’art urbain, mural et la peinture vaudou haïtienne. Il a puisé dans ses origines haïtiennes pour exprimer ses préoccupations en tant que jeune artiste Noir exerçant aux États-Unis dans les années 1970. En affichant une spécificité culturelle, Basquiat prônait une unicité tout en l’activant dans la mouvance du street art né dans les rues de New York à la même époque. Les peintures syncrétiques de Basquiat ont fait de lui un artiste interculturel à la fois extrêmement moderne mais aussi profondément marqué par le malaise de l’époque. Si Jean-Michel Basquiat s’est servi d’une partie de sa culture, les artistes contemporains que nous qualifions, pour reprendre le terme de Victor Segalen, d’exotes, transportent et transposent leurs spécificités culturelles afin de les transcender. Des exotes sur lesquels Segalen écrit :  » celui-là qui, voyageur-né, dans les mondes aux diversités merveilleuses, sent toute la saveur du divers « . (1) Des artistes en exil appartenant aux diasporas culturelles, qui dispersent leurs arts au fil des continents et se réclament de  » l’esthétique du divers  » développée par Victor Segalen. Le concept même de l’esthétique du divers, éloigné de celui de l’enracinement culturel, est au cœur des réflexions menées par les artistes interculturels. Les idées de Segalen sur l’exotisme, l’altérité, la différence et le voyage, développées au début du XXème siècle, sont extrêmement actuelles et nécessaires à la compréhension des bouleversements connus par le monde de l’art depuis les années 1980-1990. Les artistes exotes tendent tous vers la diversité du monde puisqu’elle leur apporte sans cesse un enrichissement.

La suite du texte ici : http://www.africultures.com/php/index.php?nav=article&no=9422

Un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :