EXPOSITION [TEXTE] /// GASTON DAMAG – A blueprint for dystopia /// Galerie Maia Muller


Ce sont les luttes qui font l’histoire. Ce sont les luttes qui nous construisent. Sans elles nous n’aurions pas d’histoire, pas de langage, pas d’être.

Ngugi wa Thiong’o – Décoloniser l’Esprit (1986).

Par l’étude et l’observation de sujets aussi vastes que l’anthropologie, l’ethnologie ou l’histoire de l’art, Gaston Damag fouille les mécanismes de construction de l’altérité : de quel point de vue un objet, un individu ou un groupe deviennent exotiques ? Qui est l’Autre ? Comment l’appréhender ? Pourquoi marquer une différence ? Avec des artistes comme Kader Attia, Dierk Schmidt, Jimmy Durham ou Kendell Geers, il partage un terrain de jeu qui est celui du musée ethnographique. Aux murs, au sol et dans les vitrines, sont présentés des objets usuels, rituels, des costumes, des œuvres, des documents (écrits, vidéos, sonores) issus des différentes civilisations à travers le temps. Les objets, enfermés, décontextualisés et muets, sont soumis à de nouvelles ordonnances, de nouvelles interprétations qui déforment la réalité d’une culture. Ces musées, principalement actifs dans la zone occidentale, regorgent de collections en tout genre et posent des questions : d’où viennent ces objets et ces œuvres ? Comment et par qui sont-ils mis en scène ? Pour quel récit ? L’artiste produit un commentaire acerbe sur les musées en versant de l’acide à la surface des photographies de salles d’expositions saturées de vitrines et de visiteurs. Une réécriture de l’histoire est réclamée.

Depuis plus de trente ans, aux États-Unis comme en France, Gaston Damag fait l’expérience de cette rencontre troublante en découvrant des objets philippins extraits de leur réalité. À travers eux, il retrouve sa propre culture, qui, par la scénographie et les associations, est amputée de son sens et de son usage. Par l’observation des collections et des expositions temporaires, l’artiste étudie les dispositifs de présentation, les agencements et les méthodes interprétatives qui structurent un discours dominant. Il prélève alors des éléments originaires de différentes cultures : des statuettes en bois, des couteaux, des idoles, des masques. Ils sont reproduits, multipliés, décontextualisés et remis en scène. Gaston Damag s’approprie les dispositifs de présentation muséologiques pour y injecter une perturbation produite par la fusion entre l’anthropologie, l’ethnologie et l’art contemporain. Les vitrines sont décomposées, stratifiées, éclatées, les miroirs augmentent la confusion, la multiplication démythifie les objets sacrés. Ces derniers sont d’ailleurs récoltés sur les marchés. L’artiste s’intéresse davantage à leur valeur marchande qu’à leur prétendue authenticité. Les artefacts culturels (asiatiques, africains, sud-américains), vendus aux touristes en quête d’exotisme, font alors l’objet d’une transformation. Ils sont reproduits, moulés, fondus, recyclés, hybridés, peints, éclatés dans l’espace. Certains motifs sont récurrents comme les bululs, des statuettes philippines sculptées dans le bois utilisées lors de cérémonies pour demander la protection des plantations de riz. Les bululs traversent l’ensemble de l’œuvre protéiforme de Gaston Damag, elles sont constitutives de son identité culturelle et fonctionnent comme un alter ego, qui, par la répétition et l’apparition, interpellent le regardeur sur un ensemble de distorsions, de malentendus et d’approximations. Son travail obsessif de la représentation accidentée des bululs trouve une traduction expressionniste au creux de peintures animée par la brutalité des couleurs et des gestuelles. De l’expressionnisme allemand jusqu’à la peinture contemporaine (Manuel Ocampo, Georg Baselitz, Jonathan Meese), en passant par Francis Picabia et A.R. Penck, Gaston Damag participe à une mouvance picturale sans concession.

Les peintures, les photographies, les sculptures et les installations participent à la déconstruction d’un discours hérité d’une histoire coloniale persistante. Une histoire nourrie d’incompréhensions, de stéréotypes ancrés, de négation et de mépris. La pratique de décontextualisation et de manipulation des objets cultuels bouleverse l’impérialisme culturel, les rapports épuisés entre Nord et Sud, entre une culture prétendument dominante et une culture prétendument dominée. Par l’hybridation des philosophies, des codes artistiques et culturels, Gaston Damag ouvre un territoire critique où s’évanouissent les notions d’autorité et de pouvoir au profit d’une création vivante et décomplexée.

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A BLUEPRINT FOR DYSTOPIA

VERNISSAGE LE SAMEDI 6 FEVRIER

Exposition du 6 février au 19 mars 2016

GALERIE MAIA MULLER

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