EXPOSITION [TEXTE] /// HULLABALOO – Delphine Pouillé /// Chapelle du Collège des Jésuites – Eu


Carcasse, où est ta place ici, gêneuse, pisseuse, pot cassé ?

Poulie gémissante, comme tu vas sentir les cordages tendus des quatre mondes !

Comme je vais t’écarteler !

Henri Michaux – Contre ! (1934)[1]

 

Hullabaloo est un terme populaire anglophone qui signifie ramdam, raffut ou bazar. Au sein d’une architecture à dominante baroque? Delphine Pouillé installe un corps étranger au centre de la chapelle. Dans le labyrinthe nous trouverons la voie droite. À la pierre sculptée, solide, pérenne et normée, l’artiste répond par l’instabilité de la mousse de polyuréthane. Le corps est doté d’une membrane de tissu sous laquelle la mousse expansive est injectée. Il provient des airs, se dépose goulûment sur son ventre froid, un ballon de plage tricolore de deux mètres de diamètre. Posé sur le dallage noir et blanc, il rappelle non seulement l’ornementation théâtrale, la volupté des formes baroques, mais aussi les couleurs présentes dans les vitraux. D’autres corps sont installés dans le chœur de la chapelle. Nous assistons ainsi à une étrange colonisation de l’espace.

delphinepouille_Hullabaloo2

La mise en œuvre de la sculpture implique une relation physique à la matière et à la forme. Delphine Pouillé enlace et tente de maintenir le corps mouvant et incontrôlable. Ce dernier se nourrit du souffle et de l’énergie extirpée du corps de l’artiste. Je vous assoirai des forteresses écrasantes et superbes, des forteresses faites exclusivement de remous et de secousses, contre lesquelles votre ordre multimillénaire et votre géométrie tomberont en fadaises et galimatias et poussière de sable sans raison. Le processus engendre une transposition d’un corps organique vers un corps chimique. Deux corps vivants interagissent. Je vous construirai une ville avec des loques, moi ! Je vous construirai sans plan et sans ciment, un édifice que vous ne détruirez pas, et qu’une espèce d’évidence écumante soutiendra et gonflera, qui viendra vous braire au nez. Libérée de la bombe métallique et au contact de l’air, le plastique mousseux gonfle rapidement, puis, son mouvement ralentit. Les formes changent de manière lente et quasi imperceptible. La matière chimique se propage, déborde, gonfle, craque l’enveloppe et agit librement dans l’espace. Les corps, à la fois étranges et burlesques, font de la chapelle leur abri et leur écrin. En l’habitant, ils en perturbent les codes et les repères.

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[1] Au creux du texte se glissent d’autres extraits du poème d’Henri Michaux.

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Hullabaloo1

DELPHINE POUILLE

++ HULLABALOO

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