EXPOSITION [TEXTE] /// LEA LE BRICOMTE – NO GO ZONE /// GALERIE LARA VINCY – Paris


Le théâtre de la guerre comporte des zones de danger. Des zones stratégiques, qu’elles soient offensives ou défensives. Des zones de surveillance, de repli, d’attente. Le décor de ce théâtre sanglant, passé et actuel, articule des figurants, des armes, des objets, des accessoires signifiant le combat et la hiérarchie. Léa Le Bricomte s’emploie depuis plusieurs années à décrypter les codes de ce théâtre en s’appropriant tous les éléments : concrets et symboliques. L’artiste détourne les objets de guerres issus de différentes civilisations et hybride deux dimensions antithétiques : la guerre et la spiritualité.

Aux drones ultra-technologiques, Léa Le Bricomte répond par la collaboration avec des pigeons voyageurs équipés de micros-caméras. Les pigeons étaient utilisés pendant la Première Guerre mondiale pour transmettre des informations d’une tranchée à une autre. L’animal volant était considéré comme un outil de communication. Pour déjouer l’aspect infaillible de la surveillance guerrière, l’artiste réinjecte une part organique, animale et humaine. Une part aléatoire et imprécise qui souligne la vanité et l’absurdité des combats. Nous retrouvons les plumes de pigeons en interaction avec des grains de maïs et un obus de mortier explosé. L’artiste mixe deux éléments guerriers : industriels et chamaniques. Plus loin, elle déploie un Mandala doré formé de centaines de cartouches d’arme à feu. L’œuvre, résultat d’un rituel emprunté à l’hindouisme, combine la guerre et la paix. De même, elle reformule la Stupa (architecture sacrée bouddhiste) au moyen d’un missile et d’un socle en bois. Les associations de formes et de références engendrent un pouvoir symbolique où la violence s’éclipse au profit d’une ouverture mystique, méditative et altruiste.

Léa Le Bricomte foule une zone épineuse, celle des idéologies. Par l’appropriation des résidus d’idéologies guerrières et fascistes, elle formule un discours profondément humaniste et pacifiste. Ainsi, un timbre hitlérien est recouvert de mantras écrits à la main. La répétition convoque le dépassement. L’artiste plonge aussi des drapeaux tibétains dans un bain d’encre de Chine. L’encre possède ici une double signification, elle symbolise autant le recouvrement (la domination) que la réconciliation et la résilience. Les objets de violence et de pouvoir sont alors détournés, réincarnés et réhabités par de nouveaux pouvoirs. Tel un Ying-Yang, la nature humaine est envisagée comme une entité double et complémentaire dotée d’une face lumineuse et d’une face obscure. En s’emparant des objets et du lexique guerrier, Léa Le Bricomte en retourne la face sombre et belliqueuse. Sans jamais l’éviter ou la nier, elle la travaille comme une matière pour en dégager une nouvelle substance : humaniste, apaisée, harmonieuse et réjouissante.

Julie Crenn (février 2016)

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GALERIE LARA VINCY

++ LEA LE BRICOMTE

 

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