[COMPTE RENDU EXPOSITION ] KIKI KOGELNIK – Galerie Natalie Seroussi, Paris /// ARTPRESS.COM


KIKI KOGELNIK

du 14 octobre 2017 au 17 janvier 2018, galerie Natalie Seroussi, Paris

La galerie Natalie Seroussi présente actuellement une merveilleuse exposition des œuvres de l’artiste autrichienne, Kiki Kogelnik (1935-1997). Cette première exposition monographique en France réunit des peintures, dessins, sculptures et assemblages réalisés au cours des années 1960 et 1970. D’abord associée à l’avant-garde autrichienne, Kiki Kogelnik quitte son pays pour s’installer un temps à Paris, puis aux États-Unis dès 1961. À New York, elle rejoint les acteurs et les actrices du Pop Art. Elle réalise des happenings dans la rue. Elle déambule harnachée de silhouettes découpées, des bras, des mains, des jambes, des fragments de corps mous et stylisés. Ces motifs traversent l’exposition parisienne. Les membres apparaissent de différentes manières : découpés dans du vinyle coloré ou du métal, réalisés en négatif sur des toiles, dessinés sur le papier. Le corps est omniprésent, le sien, celui de son époux ou encore de son fils unique, Mono. Il est associé à des éléments scientifiques et notamment à la médecine. Si les artistes Pop ont pratiqué une glorification, jouissive et critique, de la société de consommation, Kiki Kogelnik s’empare uniquement de l’esthétique Pop pour s’inquiéter davantage d’une représentation des femmes conditionnées par des normes véhiculées par la publicité, par la presse et la mode. L’artiste s’appuie ainsi sur des oppositions, une dualité qui structure son positionnement artistique et critique. Elle développe en effet une œuvre féministe qui va examiner les corps à travers le prisme des sciences, réelles et fictives. La médecine traditionnelle opère à un mouvement double et contradictoire, puisqu’elle autonomise et contrôle les corps. Les couleurs chaudes, douces et acidulées se heurtent à une forme de dureté mécanique activée par des corps robot, des cyborgs. Un autre motif se fait récurrent, celui de la plaquette circulaire de la pilule contraceptive. En contrepoint, une œuvre intitulée Mono, résulte de l’association d’un cintre en métal avec des jambes et bras découpés dans le vinyle noir, blanc et bleu. Les membres souples sont suspendus au cintre lui-même cloué au mur. Si l’œuvre fait référence à la naissance de son fils, elle traite également de l’avortement illégal.

On note le caractère très actuel de son œuvre. D’abord d’un point de vue plastique, des rapprochements peuvent être faits avec les œuvres de Sarah Tritz, d’Hippolyte Hentgen, de Mathilde Denize et bien d’autres artistes. D’un point de vue critique, les études liées aux genres, et plus spécifiquement les écrits de Donna Haraway y résonnent formidablement. Le corps est envisagé selon un primitivisme technologique alliant une approche plurielle : sociale, politique, technologique, vivante, mutantes, poétique, médicale, cosmique, genrée, non humaine. Natalie Seroussi poursuit ainsi un travail de réécriture et de réappropriation de l’histoire de l’art contemporain par le biais d’expositions d’œuvres restées dans l’ombre. L’exposition de Kiki Kogelnik rappelle, une fois de plus, à quel point l’histoire de l’art, dont l’orchestration reste majoritairement masculine, évacue les femmes artistes dont les œuvres, telles des cités antiques, des trésors enfouis, restent à découvrir et à rendre visible.

Julie Crenn

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ARTPRESS

++ GALERIE NATALIE SEROUSSI

+++ KIKI KOGELNIK FOUNDATION

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