[COMPTE RENDU EXPOSITION] GIULIA ANDREANI – intermezzo /// VNH GALLERY /// ARTPRESS.COM


L’intermezzo, ou l’interlude, est dans l’histoire de la création musicale et théâtrale, une parenthèse comique ou burlesque présentée au sein d’une œuvre dramatique. Un moment à part, surprenant et divertissant. Giulia Andreani a choisi de nommer ainsi ce nouveau projet présenté à la VNHGallery. Un projet, non pas une exposition, envisagé comme un état des lieux d’une recherche en cours. Les œuvres présentées ont été réalisées avant, pendant et après un temps de résidence effectué en 2017 au sein d’un centre maternel situé en banlieue parisienne. La résidence lui a non seulement permis de mettre au point des ateliers avec un groupe de jeunes mères isolées, mais aussi de peindre sur place. Les Guerillères, la peinture grand format présentée à la galerie en est un exemple. L’artiste l’a peinte entourée des jeunes mères, les visages des soldates sont imprégnés des leurs. L’image initiale est une parade militaire organisée à Cuba pour célébrer l’anniversaire de Castro dans les années 2000. Giulia Andreani déplace ce document original en injectant de nouvelles significations : les jeunes mères actuelles marchent vers une uniformisation et une assignation à devenir de « bonnes mères ». Parallèlement, l’artiste distille une lecture contraire, celle de femmes armées, dangereuses et indépendantes, qui résistent ensemble à une oppression sociétale. Le titre de l’œuvre fait d’ailleurs référence au célèbre ouvrage féministe de Monique Wittig paru en 1969. Le roman retrace l’épopée d’une communauté de femmes en lutte contre un système dominant et aliénant.

Intermezzo croise différentes problématiques : celle des femmes dans la société (les mères, les femmes artistes, des femmes tantôt iconiques, tantôt anonymes), celle de la représentation des femmes dans une histoire de l’art multiculturelle et celle des femmes artistes (de l’effacement à la résurgence). Ces problématiques se cristallisent parfaitement dans un ensemble de portraits de Frida Kahlo. Giulia Andreani a choisi de la représenter enfant, à un âge intermédiaire, où tout reste à construire. Une autre femme iconique s’inscrit dans son panthéon féministe, il s’agit de Virginie Despentes, dont l’artiste a peint plusieurs portraits. Elle établit un lien entre Virginie Despentes (figure intellectuelle féministe et punk) et la reine égyptienne Hatshepsout. Après la mort de cette dernière, ses héritiers ont procédé à une Damnatio memoriae, un effacement de son existence en martelant les murs et les monuments. Il faudra attendre les fouilles du XIXe siècle pour que ressurgissent son histoire et ses accomplissements. L’artiste, dans ce diptyque, opère des frottements entre deux femmes puissantes, entre deux temporalités et deux histoires. En télescopant des archives historiques et contemporaines, elle construit de nouveaux modèles et met en lumière la réécriture d’une histoire pensée par les hommes. L’artiste formule une série d’hommages complexes et référencés visant à une déconstruction des lectures superficielles et stéréotypées. Elle s’appuie sur l’histoire des femmes pour attacher sa réflexion conceptuelle et artistique à la notion d’empowerment où les femmes fabriquent et réclament leur puissance d’agir, leur corps, leurs représentations, leur visibilité, leurs histoires.

Julie Crenn


ARTPRESS

++ VNH GALLERY

+++ GIULIA ANDREANI

 

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