[COMPTE RENDU EXPOSITION] Cécile Bart – La suite dans les images / Musée Denon /// ARTPRESS.COM


Une fois par an, le musée Denon accueille un artiste pour une proposition spécifique. Cette année le musée présente une salle pensée par Cécile Bart. Dans la continuité de ses recherches mêlant peinture-écran et photographie (présentées précédemment au CCCOD à Tours en 2017), l’artiste a fouillé les collections photographiques du Musée Nicéphore Niépce. Réalisée à l’aide d’une machine réagissant aux mots clés et aux analogies visuelles, la recherche procède de l’intuition. Cécile Bart sélectionne des images faisant apparaître le corps, le voile, l’écran, le filtre. Ces mêmes images sont collées directement au mur, puis peuvent être recouvertes d’une toile de Tergal monochrome. Depuis les années 1990, Cécile Bart fait du Tergal un matériau de prédilection. Le tissu en fibre de polyester est extrêmement solide et laisse passer la lumière. L’artiste s’en sert à la fois comme d’un écran et d’un voile. À la surface du tissu, elle part des couches de peinture à la brosse, qu’elle va ensuite essuyer au chiffon. Les différents gestes et passages sont enregistrés dans et sur le tissu. Il nous faut être attentifs aux traces et aux effets. Au musée Denon, les photographies sont hybridées aux écrans de peinture qui renforcent la dichotomie entre la présence et l’absence, entre la révélation et l’effacement.

Une lecture féministe peut être donnée non seulement de l’exposition, mais aussi de sa pratique de la peinture. Le musée, dont les collections abritent majoritairement des œuvres de type archéologiques et qualifiées des Beaux-arts, perpétue une représentation traditionnellement stéréotypée des femmes : la muse, l’enfant, la vierge, la mère, la sorcière, etc. Des représentations pensées par des hommes et qui leur sont principalement destinées. Cécile Bart a choisi de travailler à partir de photographies présentant des femmes voilées, au sens propre comme au sens figuré. Elle retient ainsi des images réalisées par Pierre Boucher, Erwin Blumenfeld, Denis Roche, Gaëtan de Clérambault ou quelques anonymes. Des images dont elle s’approprie le fond comme la forme pour créer une séquence visuelle et colorée qui court le long des différents murs de la grande salle. L’artiste en impose le rythme, les ruptures, les découpes et les modes d’apparition. Les écrans de couleur opèrent des mouvements, une suite composée d’images, de matière et de couleur. Les images collées sont recouvertes ou non de Tergal peint, elles apparaissent aussi sous la forme de diaporama projeté. Les images projetées proviennent d’une banque d’images personnelles rassemblant des screens de films, des vues d’atelier ou d’exposition, des recherches. L’artiste mixe les sources pour les confronter à la réalité du musée et à une histoire de la peinture. Au fil des images, différentes séquences, nourries d’analogies entre les corps et les paysages, déplacent la notion même du féminin.

Sans jamais revendiquer une perspective féministe de son travail, Cécile Bart ne nie pas qu’il ne soit certainement pas anodin qu’une femme artiste choisisse de présenter ces images dans ce contexte spécifique. Nous y voyons une forme de reprise en main d’une représentation confisquée aux femmes. La dimension féministe de son œuvre se joue d’une manière plus globale, notamment dans une volonté qu’a l’artiste de décentrer la pratique même de la peinture, les attentes que nous pouvons en avoir et le regard qu’on lui porte. En travaillant à partir d’un matériau singulier, le Tergal, Cécile Bart met de côté les supports traditionnels. Elle leur préfère un voilage synthétique dont elle va déployer le potentiel pictural. Aux pinceaux, elle adopte les brosses épaisses et les chiffons. L’artiste engage un déplacement technique d’un médium qu’elle désacralise. Elle instaure une relation singulière entre les œuvres, l’espace dans lequel elles s’inscrivent, mais aussi avec notre présence, nos corps. Par sa pratique même de la peinture, un processus dont elle ne nie pas les intuitions et la part sensible, ainsi qu’un état de recherche permanent dans lequel Cécile Bart déploie son œuvre, elle parvient à déjouer l’habit autoritaire dont peut être vêtue la peinture.

Julie Crenn

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VUES DE L’EXPOSITION /

Vues de l’exposition : © Cécile Bart / musée Denon.

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Cécile Bart – La suite dans les images.

Exposition du 04 mai au 14 octobre 2018.

ARTPRESS

++ CECILE BART

+++ MUSEE DENON – Chalon-sur-Saône

 

 

 

 

 

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