[COMPTE RENDU EXPOSITION] Judy Chicago – Los Angeles, Les Années Cool /// Villa Arson – Nice


Los Angeles, les années cool
Judy Chicago, Bigamy Hood, 1965-2011 [Le capot de la bigamie]
Laque automobile vaporisée sur un capot de voiture, 109 x 109 x 71,1 cm.
Courtesy de l’artiste et Salon 94, New York. ADAGP 2018
Photo : François Fernandez

Compte rendu exposition /

Judy Chicago – Los Angeles, les années cool

Villa Arson – Nice

De l’œuvre de Judy Chicago, nous connaissons principalement l’installation intitulée The Diner Party (1974-1979). Conservée au Brooklyn Museum à New York, l’œuvre est à la fois un manifeste féministe et un outil de « pédagogie radicale » visant à mettre en lumière les femmes dans l’histoire humaine. L’artiste américaine (née en 1939 à Chicago) est depuis inscrite dans le mouvement artistique féministe. À la Villa Arson, Géraldine Gourbe, commissaire de l’exposition, a choisi de présenter les œuvres antérieures, inédites en Europe.

Judy Chicago s’installe à Los Angeles en 1957, elle est alors âgée de 18 ans. Elle étudie la peinture et la sculpture à l’UCLA Art School. À ce moment, l’art minimal, la ville (la planéité, le vide, les lumières et les « effets de surface ») et l’effervescence politique jouent un rôle important sur sa création. En ce sens, les œuvres de Judy Chicago cohabitent avec les peintures de Marcia Hafif, les sculptures de Johan McCracken et de DeWain Valentine, une vidéo de Robert Morris, un dessin de Bruce Nauman, ainsi qu’une sélection de films loufoques et psychédéliques réalisés par Pat O’Neill. Les différents dialogues donnent un aperçu de la scène californienne des années cool (1960-1970). Une scène qui réagit à la scène new-yorkaise, rigide et austère, pour trouver sa propre identité et ses propres écritures. À Nice, nous découvrons pour la première fois en France trois peintures sur capots automobiles : Birth Hood, Flight Hood & Bigamy Hood (1965-2011). L’artiste y peint des scènes stylisées et hautement colorées avec des bombes de laques industrielles. Judy Chicago s’inspire des iconographies des bikers, des surfeurs, d’une identité visuelle spécifiquement californienne. L’outil et le support renvoient à la rue, aux subcultures et à une manière d’envisager l’art en dehors des normes établies. Ils renvoient aussi aux prémisses d’un engagement en tant que femme artiste puisque tant la peinture et le capot traduisent une symbolique masculine que Judy Chicago vient bousculer.

Los Angeles, les années cool
Judy Chicago, Purple Atmosphere #4 / Fireworks, 1969
[Atmosphère violette #4/ Feux d’artifice] Santa Barbara, CA
Courtesy de l’artiste et Salon 94, New York. ADAGP 2018.

Les œuvres (peintures, sculptures, vidéos et installation) attestent d’une mobilité, d’une recherche libre où l’expérience du corps, de la matière, de la lumière et de la couleur prédominent. À la fin des années 1960, elle réalise des interventions en extérieur en créant des atmosphères colorées (archivées par la vidéo). En ville ou dans le désert, elle active ainsi des feux d’artifice qui dégagent d’épaisses fumées colorées. En 1967, elle inaugure une installation immersive de grande envergure intitulée Feather Room. Une salle fermée de huit mètres par huit mètres contient un épais tapis de plumes blanches. À la Villa Arson, l’œuvre est réactivée près de cinquante ans plus tard. Se déplacer parmi les plumes dans cette étrange espace clos et totalement blanc constitue une expérience physique et psychique intense où la douceur et le malaise interagissent. Ces recherches basées sur l’éphémérité et la dématérialisation (Lucy Lippard) soulignent un vif intérêt pour la performativité des œuvres. En espérant que l’exposition soit une des premières étapes (l’exposition présentée au CAPC en 2016 était trop frustrante) d’une présentation européenne de l’œuvre de Judy Chicago, elle manifeste les engagements plastiques et politiques radicaux d’une artiste encore trop peu connue de ce côté de l’atlantique.

————————————

À noter, la publication de l’ouvrage Judy Chicago : Through the Flower – Mon combat d’artiste femme, aux Editions Les Presses du Réel. Il s’agit de la première traduction française (Sophie Taam) de l’autobiographie de l’artiste.

——————————————————————————————————————–

VUES DE L’EXPOSITION /

——————————————————————————————————————–

Judy Chicago
avec Marcia Hafif, John McCracken,
Robert Morris, Bruce Nauman, Pat O’Neill et DeWain Valentine
Une exposition monographique et collective /// Commissariat : Géraldine Gourbe

exposition : galerie carrée & galeries du patio et des cyprès
1er JUILLET – 4 NOVEMBRE 2018
vernissage samedi 30 juin à 18h.

VILLA ARSON

++ JUDY CHICAGO

+++ LES PRESSES DU REEL – Editions

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

%d blogueurs aiment cette page :