[TEXTE EXPOSITION] PILAR ALBARRACIN – NO APAGUES MI FUEGO, DEJAME ARDER /// Galerie Vallois – Paris


Pilar Albarracin fait de la transgression et de l’humour des outils à la fois plastiques et politiques. Depuis le début des années 1990, l’artiste espagnole ouvre à travers ses œuvres des espaces de revendications féministes. Pour cela, elle a choisi d’analyser d’une manière viscéralement critique le folklore, la culture populaire et vernaculaire andalouse. Elle examine ainsi la culture qui lui a été transmise et qui constitue une grande partie de son identité. Du flamenco aux rituels catholiques, en passant par la tauromachie et l’art baroque, l’artiste prend chacune des traditions à bras le corps. En s’imposant physiquement au cœur de territoires et de symboles puissants d’une culture patriarcale, Pilar Albarracin réclame une part d’une histoire collective, celle des femmes. Avec une colère non dissimulée, elle exagère, elle multiplie, elle déplace, elle agresse ou elle étrangle les stéréotypes et les traditions ancestrales. En cela, elle s’approprie les costumes, les accessoires, les symboles et le décorum de rituels où les hommes et les femmes sont cantonné.e.s à des rôles spécifiques. Si l’on se concentre exclusivement sur les femmes, leurs rôles et leurs espaces de représentations sont particulièrement restreints et/ou invisibles. Les actions, les photographies, les broderies et les objets détournés visent à une déconstruction de ces rôles et à une prise de conscience des manques, des absences et des interdits. Les rituels qu’elle investit et revisite sont inscrits dans une pensée identitaire guidée par la morale religieuse et l’idéologie patriarcale que l’artiste s’efforce de retourner et se défaire.

La nouvelle exposition de Pilar Albarracin à Paris repose sur une exploration critique et politique de la Santa Semana (« la Semaine Sainte ») à Séville. Pendant une semaine au mois d’avril, la ville entière vit au rythme de processions plurielles et thématisées. Une soixantaine de confréries commémorent la Passion du Christ en portant des pasos, des chars richement décorés sur lesquels sont disposées des sculptures extrêmement lourdes. Selon des itinéraires longs et précis, les hommes portent à bout de bras les pasos pour se rendre jusqu’à la cathédrale de Séville et faire pénitence. Dans le silence absolu ou au contraire dans l’effervescence musicale, des centaines, voire des milliers d’hommes avancent péniblement vers un même point géographique. Pilar Albarracin interroge alors ces processions spectaculairement douloureuses durant lesquelles les corps sont éprouvés par les croyances, le poids de la morale et le respect des traditions. Les nouvelles œuvres sont davantage teintées de violence et de solennité que d’humour et d’ironie. Elle procède ainsi par gestes blasphématoires pour rendre palpables une oppression et un étouffement générés par les idéologies et l’idée d’une identité espagnole. L’artiste s’appuie sur les codes de l’art baroque pour dramatiser les gestes, les émotions, les postures et les objets. Elle se joue de la dimension fortement théâtrale des rituels religieux pour créer à son tour des images dotées d’un pouvoir symbolique puissant. Pilar Albarracin tend un miroir à la violence inhérente aux systèmes autoritaires contre lesquels elle lutte. Le titre de l’exposition comporte un ordre, puis une demande : no apagues mi fuego, dejame arder, « n’éteins pas mon feu, laisse-moi brûler ». Le feu qui ne doit pas être éteint par l’autre est celui de son engagement, de ses convictions, de son histoire, de son corps. Elle demande à ce que l’autre la laisse brûler, sous-entendu en enfer, si tel est son choix. Le choix individuel est au cœur de la réflexion plastique et critique de l’artiste. Durant les années 1970, les militantes féministes prônaient, et prônent encore aujourd’hui : MON CORPS, MON CHOIX. En reprenant les codes et le décorum des idéologies dominantes, Pilar Albarracin lutte contre les assignations, les tabous, la morale et les interdits qui norment et façonnent les corps. Par son œuvre, elle ne cesse de réclamer le droit fondamental à l’autodétermination.

Julie Crenn

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Vernissage le 28 février 2020

+ GALERIE VALLOIS

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