[PUBLICATION] CUECO – Editions Liénart


– Cueco –

Cette monographie rétrospective est une tentative de dire l’œuvre d’Henri Cueco dans son ensemble, depuis les premières toiles exposées au Salon de la Jeune Peinture jusqu’à la disparition de l’artiste en 2017, et dans sa diversité, à la fois œuvre peinte, dessinée, mais aussi installations, tapisseries, décors de théâtre…
Dès les années 60, Cueco développe une peinture figurative qui s’interroge sur les corps, sur l’ambiguïté des désirs et la violence des rapports humains, sur la tension entre la place de l’homme dans la nature et son occupation des espaces urbains. Toutes ces thématiques, essentielles, sont fondatrices de toute l’œuvre à venir.
Cueco est un artiste travaillant en séries, épuisant un thème, une figure pour passer à une autre, mais capable d’y revenir, l’air de rien, des années après. Son œuvre se tient sans cesse entre ordre et désordre, entre articulation et désarticulation, autour d’une grande question qui est essentiellement celle de notre rapport à la nature.
Si Cueco a peint et dessiné de nombreux animaux, moutons, cochons, serpents…, ce sont, parmi les figures animales, les chiens qui reviennent le plus régulièrement dans son œuvre. S’il s’intéresse plastiquement aux chiens, dont les formes et les lignes le fascinent, c’est bien leur proximité avec l’humain qui l’intéresse et le pousse à faire, souvent, du chien un double métaphorique de l’homme, entre domestication et sauvagerie, entre nature et culture.

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Extrait du texte Rejoindre le chenil / Julie Crenn 

Je me suis toujours considéré comme un animal, ce qui est une évidence dont j’ai un peu honte, mais c’est ainsi.[1]

Cueco – Abécédaire Cueco (2010)

Henri Cueco n’aimait pas les chiens, il adorait les chats. Il a peint des chiens pendant près de vingt-cinq années de sa vie, pourtant pas un chat. Lorsque Marinette Cueco m’a informé de ce désamour du peintre pour l’espèce canine, je dois vous avouer que ma surprise fut grande. Une surprise de courte durée puisque le jeu, la contradiction, le paradoxe, l’échappée voire le contresens font partie intégrante de son œuvre. Il est difficile d’affirmer un discours, des portes s’entrouvrent, se ferment, apparaissent et disparaissent. « Je n’ai jamais pu peindre ou penser sans que se renverse en son contraire toute tentative d’instaurer un sens univoque et souverain. C’est fait sans forfaiture ni contrainte. »[2] Le sens de l’œuvre de Cueco est pluriel, organique, polysémique. Il est aussi une énigme. Les chiens me paraissent symptomatiques d’une pensée motivée par l’obsession et l’épuisement d’un motif. Je ne suis pas certaine que Cueco n’aimait pas les chiens, au même titre qu’il devait aimer les couleuvres, les pommes de terre, les feuillages ou les cailloux. Je ne suis pas certaine de comprendre le sens des séries de peintures et de dessins consacrées aux chiens. Par conséquent, le texte comporte des peut-être, une conjugaison au conditionnel, des hypothèses pour me permettre d’ouvrir des récits.

J’ai découvert des reproductions des œuvres canines alors que j’étais étudiante en histoire de l’art, la fascination fut immédiate. Cueco a peint un monde posthumain où les chiens règnent relativement paisiblement. En regardant de plus près, ils ne sont ni complètement rassurants ni vraiment bienveillants. Seuls ou en meutes, leur présence intranquille génère le plus souvent une violence contenue. «  Ce sont des animaux très beaux, à poil ras, un peu maigres, donc la charpente est très visible et puis cette tension, cette exigence silencieuse. Ils disent sans dire, avec dignité. »[3] Cueco a peint deux catégories de chiens, les uns dressés pour chasser, les autres sauvages. Qu’ils soient domestiqués ou non, les chiens n’aboient pas, ils ne présentent pas non plus un comportement ostensiblement agressif ou dangereux. Ils occupent l’espace. Ils sautent dans les airs. Ils sont à l’arrêt. Ils observent. Ils avancent. Ils cherchent. Ils errent. Ils nous regardent.

… … …

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[1] Abécédaire Cueco, un film de Pascal Lièvre, réalisé en 2010 dans l’atelier de l’artiste à Paris.

[2] Sauf mention contraire, toutes les citations de l’artiste sont extraites de l’ouvrage suivant : Cueco. Paris : Cercle d’Art, 1995.

[3] AMEL, Pascal. « Les chiens de Henri Cueco » in Art Absolument, n°20, printemps 2007, p.44.

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  • DESCRIPTIF TECHNIQUE

    24 x 28 cm, 256 pages, 240 illustrations, cartonné
    30 € – ISBN : 978-2-35906-304-2

  • AUTEUR.TRICES

    Ouvrage collectif. Avec les contributions de Julie Crenn, Amélie Lavin, Anaël Pigeat et Gaëlle Rageot.
    En outre, amis, artistes ou proches de Cueco ont été sollicités pour livrer quelques lignes de souvenirs. Ces témoignages sont réunis dans un cahier, imprimé sur un papier différent.
    Enfin sont publiés des extraits de textes inédits de l’artiste.

  • COÉDITEUR

    Coédité avec le musée d’Art moderne et contemporain des Sables d’Olonne et le musée des Beaux-Arts de Dole

    PARUTION

    En librairie le 6 février 2020

    Cet ouvrage est publié à l’occasion d’une série d’expositions consacrées à l’œuvre de Cueco qui se tiendront en 2020-2021 : au musée d’Art moderne et contemporain des Sables d’Olonne, du 2 février au 24 mai 2020 ; au Transpalette, centre d’art de Bourges, et à La Box, galerie de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Bourges, du 26 juin au 12 septembre 2020 ; au musée des Beaux-Arts de Dole, du 16 octobre 2020 au 7 mars 2021 ; au Carré, Château-Gontier (dates à préciser).

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    EDITIONS LIENART

    CUECO – JEUNE PEINTRE /// MASC – Sables d’Olonne / Informations ici

Un commentaire

  1. Ping : [EXPOSITION] CUECO – Journal d’un peintre /// Musée des Beaux-arts de Dole | Julie Crenn

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