[PUBLICATION] LE SOLEIL DANSE AUTOUR DE NOS TETES – MONOGRAPHIE ESTHER HOAREAU /// FRAC REUNION


Extrait du texte Utopia

Nous construisons notre monde par les histoires que nous racontons à son sujet, et la pratique de la magie est l’art de la transformation culturelle des histoires, le rêve conscient d’un nouveau rêve. 

Starhawk – Quel monde voulons-nous ? (2019)

Le silence est frappant. Dans ces immensités fictionnelles, pas un bruit.[1] L’œil circule d’une montagne phosphorescente vers une rivière glacée, d’une plaine mousseuse vers une grotte de diamants. Puis, au fil d’une traversée rétinienne, le silence laisse peu à peu place aux bruissements : le crissement de la neige sous nos pas, le bourdonnement de la terre, l’eau qui s’écoule le long d’une paroi rocheuse, la pluie nourrissant la boue, le murmure des arbres, le ventre d’une baleine, l’éclosion d’une fleur, le frottement des feuilles de fougères, un frisson, la formation de la rosée, le battement des ailes d’un oiseau, le roulement d’une vague, le vent dans les herbes hautes. Au creux de paysages hybrides, Esther Hoareau nous invite à une écoute des bruissements, des sonorités secrètes et des rythmes du Vivant. L’artiste propose une plongée à la fois mystique et merveilleuse à l’intérieur d’un univers parallèle où le passage de la société humaine est effacé : pas de câbles électriques, pas d’habitations, pas de routes, pas de panneaux, pas de déchets, aucun signe, aucune ruine n’apparaissent. Ces paysages s’inscrivent alors dans un passé ante-anthropocène, un futur proche ou bien dans un territoire inconnu.

Esther Hoareau -Série Neige (2017) / PHOTOGRAPHIE – 30 x 47 cm. Collection FRAC Réunion

À travers les photographies, les vidéos, les installations et les œuvres sonores, Esther Hoareau déploie des paysages irréels qui pourtant adoptent des apparences plus ou moins communes. Les paysages intérieurs (Inscapes) font appel à un imaginaire collectif, réellement collectif. « Le paysage est avant tout constitué de relations. Plus exactement il est l’espace des métamorphoses : dans le paysage la nature, le territoire, la vue s’assemblent et en s’associant se transforment. Le paysage est le milieu vivant de compositions instables au cœur desquelles les humains sont plongés et dont ils participent. »[2] Si Esther Hoareau travaille à partir de photographies réalisées lors de différents voyages, l’image finale ne sera ancrée dans aucun territoire, mais plutôt dans un mix, un collage de ses rencontres. Il s’agit autant de l’Islande que de La Réunion, des images réalisées sur place auxquelles s’agrègent d’autres fournies par la Nasa ou par un microscope. Par la fabrication d’images de paysages hybrides, l’artiste favorise une déterritorialisation. « J’aime l’idée que cela pourrait se passer sur une autre planète ».[3] Les indices pouvant tendre à une identification sont rares. De la terre ferme au cosmos en passant par l’océan, le ciel, l’infiniment grand et l’infiniment petit cohabitent au sein de paysages qui nous sont étrangement familiers et pourtant totalement inconnus. Face aux images, à nous d’embrasser une étrangeté et d’apprivoiser un secret. […]

Julie Crenn

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[1] Le titre et les intertitres du texte sont extraits de titres ou de chansons de Björk. Si nous partageons avec Esther Hoareau un amour inconditionnel pour la chanteuse islandaise, je dois aussi dire que lorsque je regarde ses œuvres la voix et les sons de Björk proviennent de manière quasi immédiate.

[2] BESSE, Jean-Marc. La Nécessité du paysage. Marseille : Parenthèses, 2018, p.11-12.

[3] Toutes les citations de l’artiste sont issues d’une conversation menée dans son atelier à l’Hermitage-les-bains, le 30 janvier 2020.

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Monographie éditée par le FRAC Réunion à l’occasion de l’exposition personnelle d’Esther Hoareau : Le soleil danse autour de nos têtes.

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