
Agir dans son lieu _ project and 2025 residency presentation [ENG]
Since 2016, Agir dans son lieu (“Act in our own place”) has been a long-term project. A cycle of research, residencies and exhibitions dedicated to the links that exist between artists and peasants. Agir dans son lieu began visibly at Galerie Duchamp in Yvetot, Normandy (2017), then Les ateliers des Arques in the Lot (2018), Transpalette in Bourges (2021), La Galerie du Dourven – La Coopérative in Locquémeau (2024), La Traverse in Alfortville (2025), ARAC in Săcel (Maramureș, România, 2025). Agir dans son lieu proposes a multi-voiced, situated reflection based on peasant worlds.
Throughout the history of Western art, the figures of the peasant and the peasant woman have undergone an essentialization that endures in the collective imagination. In the latter, the representation seems unchanging. Yet, since the 1960s, we no longer speak of a peasant world, but rather of peasant environments in the plural, inhabited by actors who make choices about the way they do their jobs. Political, militant, strategic and economic choices that lead them down two paths: that of exploitation or that of reciprocity. The former sees the living world as a short-term resource designed for maximum yield; the latter, which is as reasoned as it is reasonable, applies a sustainable approach to the living world. The first leads to an agriculture without a farmer, an agriculture out of the soil; the second to a physical, ethical and political reconnection with one’s environment. “Farming without a farmer is not just a problem of the countryside becoming desertified; it’s also a matter of the disappearance of a profession and, with that profession, of the body of knowledge and know-how that founded the fundamental link to the living world that peasants and farmers have held in trust for millennia, on behalf of society as a whole.” So, from farmer to peasant, the professions are not the same, nor is the relationship with time and the land.
Over two weeks (July 2025), a group of artists (Morgane Denzler, Damien Rouxel, Delia Popa, Ioana Cirlig, Andreea Medar and Ilie Mihali) reactivated the project in Sacel (Maramures, Romania) at the invitation of Anca Poterasu (ARAC). A collective time of thought, encounters, plastic experiments, lo,gues discussions and questioning about the agricultural realities of our place. We are aware of the extreme fragility of these agricultural realities. Practices are based on family subsistence. This blatant fragility contrasts with the intensity of the interdependence between faith, rurality, crafts (ceramics, weaving and embroidery in particular), traditions, animals, the river and the forest. At Sacel, everything in daily life and in its own ecosystem (visible and invisible, human and more-than-human), is connected. Thus, Morgane Denzler continued her reflections on sheep farming, wool and the relationship between shepherd, flock and place. Damien Rouxel sought to merge personal issues with observations made in Maramures about traditions and material realities. Ilie Mihali devoted his time to working with earth and fire to create ceramic works. Ioana Cirlig has immersed herself in the vegetal dimension of Sacel. Delia Popa thought up links between her place (Crețești, Vidra region) and Sacel, two vulnerable villages. Andreea Medar continued her research into a disappearing memory. In Sacel, she became aware of the disappearance of pastoral customs and collaborated with a potter and a singer to revive a gestural and musical memory.
Agir dans son lieu is a collective research and conversation project designed to make visible a set of choices that have major repercussions within the living world. To make visible those who act in their place as best they can. The works manifest the ways in which all bodies (human and more-than-human) are heavily affected by a system governed by the law of exploitation. Through their works and actions, the artists also demonstrate the places of resistance, the joyful perspectives in which everyone is engaged in their place.
Julie Crenn, July 2025
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Agir dans son lieu _ Présentation du projet et de la résidence 2025 [FR]
Depuis 2016, Agir dans son lieu est un projet au long cours. Un cycle de recherches, de résidences et d’expositions dédié aux liens qui existent entre les artistes et les paysan.nes. Agir dans son lieu a commencé de manière visible à la Galerie Duchamp à Yvetot en Normandie (2017), puis Les ateliers des Arques dans le Lot (2018), le Transpalette à Bourges (2021), La Galerie du Dourven – La Coopérative à Locquémeau (2024), La Traverse à Alfortville (2025), ARAC à Săcel (Maramureș, Roumanie, 2025). Agir dans son lieu propose une réflexion à voix multiples et situées à partir des mondes paysans.
A travers l’histoire de l’art occidental, les figures du paysan et de la paysanne subissent une essentialisation qui perdure dans l’imaginaire collectif. Dans ce dernier, la représentation semble immuable. Pourtant, depuis les années 1960, nous ne parlons plus d’un monde paysan, mais bien de milieux paysans au pluriel, habités par ses acteurs et ses actrices qui font des choix quant à leur manière de faire leurs métiers. Des choix politiques, militants, stratégiques, économiques qui les mènent vers deux voies : celle de l’exploitation ou bien celle de la réciprocité. La première envisage le vivant comme une ressource pensée à court terme pour un rendement maximum ; la seconde, qui est aussi raisonnée que raisonnable, applique une approche durable du vivant. La première mène à une agriculture sans agriculteur.trice, une agriculture hors sol ; la seconde à une reconnexion physique, éthique et politique avec son milieu. “Une agriculture sans agriculteur n’est pas seulement un problème de campagnes qui se désertifient ; c’est aussi une affaire de disparition d’un métier et, avec ce métier, du corpus de connaissances et de savoirs qui fondait le lien fondamental au vivant dont les paysans et les agriculteurs étaient dépositaires depuis des millénaires, au nom de la société tout entière.” Alors, de l’exploitant agricole au paysan, les métiers ne sont pas les mêmes, les rapports au temps et à la terre non plus.
Pendant deux semaines (du 7 au 20 juillet 2025), un groupe d’artistes (Morgane Denzler, Damien Rouxel, Delia Popa, Ioana Cîrlig, Andreea Medar et Ilie Mihali) a réactivé le projet à Săcel (Maramureș, Roumanie) à l’invitation d’Anca Poterasu (ARAC). Un temps collectif de réflexion, de rencontres, d’expérimentations plastiques, de longues discussions et de questionnement sur les réalités agricoles de notre lieu. Nous sommes conscients de l’extrême fragilité de ces réalités agricoles. Les pratiques sont basées sur la subsistance des familles. Cette fragilité flagrante contraste avec l’intensité de l’interdépendance entre la foi, la ruralité, l’artisanat (céramique, tissage et broderie notamment), les traditions, les animaux, la rivière et la forêt. A Sacel, tout est lié dans la vie quotidienne et dans son propre écosystème (visible et invisible, humain et plus qu’humain). Ainsi, Morgane Denzler épaissit sa réflexion sur l’élevage ovin, la laine et la relation entre le berger, le troupeau et le lieu. Damien Rouxel a cherché à fusionner des questions personnelles avec des observations faites dans le Maramures sur les traditions et les réalités matérielles. Ilie Mihali a consacré son temps à travailler avec la terre et le feu pour créer des œuvres en céramique. Ioana Cîrlig s’est plongée dans la dimension végétale de Sacel. Delia Popa a imaginé des liens entre son lieu de vie (Crețești, région de Vidra) et Săcel, deux villages vulnérables en proie à d’intenses transformations. Andreea Medar poursuit ses recherches sur une mémoire en voie de disparition. À Săcel, elle a pris conscience de la disparition des coutumes pastorales et a collaboré avec un potier et une chanteuse pour raviver ensemble une mémoire gestuelle et musicale.
Agir dans son lieu est un projet de recherche et de conversation collective pour visibiliser un ensemble de choix qui ont des répercussions importantes au sein même du vivant. De visibiliser celles et ceux qui agissent dans leur lieu tant bien que mal. Les œuvres manifestent les manières dont tous les corps (humains et plus qu’humains) sont lourdement affectés par un système régi par la loi de l’exploitation. Par leurs œuvres et leurs actions, les artistes manifestent aussi les lieux de résistances, les perspectives réjouissantes où chacun.e est engagé.e dans son lieu.
DOCUMENTATION RESIDENCE :::
Morgane Denzler _






Damien Rouxel _





Delia Popa _





Andreea Medar _





Ilie Mihali _





Ioana Cîrlig _





INFORMATIONS :::
- ARAC _ https://www.arac.ro/
- AGIR DANS SON LIEU _ https://crennjulie.com/2025/07/16/agir-dans-son-lieu/
- Morgane Denzler _ https://www.instagram.com/morgane.denzler/?hl=fr
- Damien Rouxel _ https://ddabretagne.org/fr/artistes/damien-rouxel/oeuvres
- Delia Popa _ https://www.deliapopa.com/
- Ioana Cîrlig _ https://www.ancapoterasu.com/artists/ioana-cirlig/
- Ilie Mihali _ https://www.instagram.com/imarts4u/?hl=en
- Andreea Medar _ https://www.andreeamedar.com/
Ping : AGIR DANS SON LIEU | Julie Crenn