JEAN-CHARLES DE CASTELBAJAC /// Traceur du Sensible


Nous connaissons tous JC de Castelbajac le créateur de mode, ses vêtements colorés aux motifs déjantés, parsemés des logos de notre époque. Le couturier est aussi plasticien, il peint et dessine avec la même liberté que pour ses collections. Avec la plus grande liberté, il décloisonne les genres et ouvre les champs de la création. Nous avons pu ainsi rencontrer des toiles où dialoguent et se télescopent le passé et présent, dont il extrait toutes les sources de son inspiration. Ainsi, la peinture classique des portraits de cour du XIVème jusqu’au XVIIIème siècle est surimposée de marques, de logos publicitaires et emblématiques de notre style de vie, de notre époque vampirisée par la société de consommation. Parallèlement à ses peintures procédant à des allers-retours entre phénomènes sociétaux et histoire de l’art, il formule depuis de nombreuses années une série de dessins éphémères réalisés à la craie au fil de ses ballades urbaines. Les dessins, fragiles et promis à une durée de vie limitée, sont aujourd’hui réunis dans un ouvrage intitulé Des Anges dans la Ville.

Au fil des jours, je dessine des anges sur des feuilles blanches, sur des murs qui m’interpellent, plutôt sombres en général. Ce geste de traceur est devenu si naturel, si indispensable que je l’assimile à ma respiration, inspiration…

Il y a 20 ans, je dessinais des cadavres exquis avec mes enfants et Keith Haring, ma main était encore empreinte de timidité, aujourd’hui, elle est téméraire et libre.

J’ai toujours aimé les anges comme j’ai toujours été fasciné par les soldats depuis mon enfance. La force douce et déterminée qu’ils incarnent me bouleverse.

Au fil des villes, au fil des rues, je flâne, Ghost Buster, j’aime capter l’invisible, toucher les murs qui me touchent, dessiner à la craie mon intention ou la pensée me liant à un être paru ou disparu, « cristallisation sentimentale » disait Stendhal. Je parlerais de « cristalliser l’invisible ».

Cette démarche est bien sûr liée à ma foi, la foi que j’ai dans l’autre, dans la trace, dans l’exemple et dans l’humain. Mon travail est aussi éphémère que nos vies. J’ai photographié mes dessins comme un inventaire utopique de la fragilité de notre passage. [JCDC – 2012]

En marcheur solitaire, muni de craies et de feutres noirs, JC de Castelbajac se laisse guider par la ville et s’imprègne de son énergie. Il marche, croise des gens, des lieux en mouvement et fixe soudain son attention sur un mur, un arbre, un trottoir, un miroir, une affiche, un carton abandonné, un panneau, une porte etc. S’il préfère les supports sombres, pour mieux souligner le dessin à la craie, les supports clairs ne sont pas exclus, bien au contraire. Le trait s’adapte aux surfaces temporairement investies. Rapidement il esquisse des anges, figures spectrales par excellence, vus de face ou de profil, souriant, pleurant, parlant ou chantant. Tantôt enjoués, tantôt mélancoliques, ils nous adressent des messages d’amitiés, drôles, poétiques, ironiques, absurdes. Ils s’adressent à tous ou bien à une personne spécifique dont le nom est inscrit. L’ange se fait le vecteur d’hommages à ses amis disparus et de clins d’œil à ceux du présent. L’ange vu de profil souffle des cœurs, il appelle à l’union, à l’amour, au dialogue, à l’échange. Des valeurs que l’artiste porte dans toutes ses formes de création.

Les dessins éphémères sont pris en photo par JC de Castelbajac. Ainsi la trace perdure dans l’image enregistrée dans son téléphone. Des images personnelles, sans qualité esthétique particulière, qui correspondent non seulement à une volonté de rester dans un mouvement instinctif, mais aussi de ne pas sacraliser ses gestes et ses intentions. Chaque dessin incarne une humeur, une pensée, un souvenir, un éclat de joie comme une peine. Ils forment les notes précaires d’une composition urbaine, mouvante et personnelle. Une symphonie guidée par le hasard dont nous pouvons nous retrouver les spectateurs à tout instant.

Les anges comme des alter-ego stylisés parsèment un environnement standardisé, froid, trivial, sale ou commun. Ils apparaissent comme des lumières transitoires venant éveiller nos regards. Grâce à eux, JC de Castelbajac instille son regard et sa pensée sur son chemin et le nôtre.

Julie Crenn

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Publication de l’ouvrage Des Anges dans la Ville – Jean-Charles de Castelbajac. Editions du Chêne. 2012.

Pour en savoir plus sur l’artiste : http://jc-de-castelbajac.com/

Article en collaboration avec la revue Inferno : http://ilinferno.com/2012/03/17/castelbajac-traceur-du-sensible/.

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Un commentaire

  1. brillet

    Julie Crenn,je suis d’accord avec toi ,j’aime ta façon de décrire le travail de jcdc. Je l’écoute au moment où je claviote et j’aime….vive les anges !

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