[EXPOSITION] EVEN THE ROCKS REACH OUT TO KISS YOU /// TRANSPALETTE – Bourges


Nadja Verena Marcin Jedi – 2016 – C-print – 110 x 194.6 cm

Even the rocks reach out to kiss you

Transpalette – Bourges

[9 octobre 2020 – 16 janvier 2021]

Commissariat : Julie Crenn

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Artistes invité.e.s : Laëtitia Bourget, Craig Calderwood, Marinette Cueco, Gaëlle Choisne, Odonchimeg Davaadorj, Emma Di Orio, Vidya Gastaldon, Lundy Grandpré, Balthazar Heisch, Suzanne Husky, ïan Larue, MALAXA [Tabita Rezaire & Alicia Mersy], Nadja Verena Marcin, Myriam Mihindou, Elena Moaty, Pistil Paeonia, Sanjeeyann Paléatchy, Annie Sprinkle & Beth Stephens, Aniara Rodado, Karine Rougier, Lara Wonderland, Zheng Bo.

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         En 1972 est publié le rapport Meadows intitulé « Les Limites à la croissance » qui fait état d’un futur épuisement des ressources et de dangers imminents pour la planète.[1] Les auteur.es du rapport préconisent une décroissance économique et démographique pour préserver la totalité de nos écosystèmes. Suite à la parution de ce rapport aux États-Unis et en Europe, Françoise d’Eaubonne, auteure et militante (1920-2005) prend conscience d’une urgence, celle de relier les luttes féministes et écologistes. Elle parle d’écoféminisme dès 1974. Parce que les ressources planétaires et les corps des femmes subissent les mêmes exploitations, l’activiste féministe appelle à une décroissance économique, productiviste et démographique. Elle appelle à un soulèvement contre le patriarcat (« le Système Mâle ») et contre la colonisation de l’imaginaire collectif. Elle appelle à la sortie d’une logique productiviste, à une mutation profonde de nos sociétés, à un dépassement de la lutte des sexes au profit d’une prise en compte du vivant dans son ensemble. La pensée de Françoise d’Eaubonne s’allie avec celles d’activistes et théoriciennes incontournables : Wangari Muta Maathai, Maria Mies, Vandana Shiva, Starhawk, Ariel Salleh, Ynestra King, Susan Griffin, Donna Haraway, Ruth Nyambura, Emilie Hache, entre autres. Leurs actions et leurs écrits constituent les fondations de l’exposition : l’écoféminisme est un outil d’action politique, une réflexion non violente et contestataire visant à une mutation réparatrice, à l’affirmation d’une puissance et d’une résistance collectives.[2] Le mouvement politique est né dans un contexte d’urgences climatiques, économiques et sociales. La situation actuelle réclame une visibilité, une accessibilité plus forte de cette pensée qui, sur le plan artistique, génèrent des formes plurielles.

ZHENG BO Pteridophilia 2016 ongoing Supported by Kyoto City University of Arts Art Gallery, the 11th Taipei Biennial, Villa Vassilieff and Pernod Ricard Fellowship, and TheCube Project Space.

« L’écoféminisme n’est pas une mode. C’est la perspective d’une vie pérenne. »[3] La pensée écoféministe est motivée par une convergence des luttes : féministe, écologiste et décoloniale. Des combats majoritairement menés par des femmes envers un système d’oppressions et d’exploitations dont elles et la nature subissent les mêmes assignations et les mêmes violences. « À travers la redécouverte de l’histoire de la destruction croisée, au cours de la modernité, des femmes et de la nature ; à travers la reconnaissance de points de passage entre leur peur d’anéantissement devant l’utilisation du nucléaire et la peur quotidienne des femmes d’être insultées, agressées, violées ; à travers encore la prise de conscience de l’importance de fabriquer de la confiance et de l’estime de soi pour espérer répondre à cette situation de manière sensible. »[4] Les femmes et la nature sont historiquement assignées à un espace biologiquement féminin. La nature n’est pas ici envisagée dans la traditionnelle dualité nature/culture, mais comme un terrain commun pour tous les êtres vivants.[5] Un terrain dénué de toute forme de hiérarchie et donc de pouvoir les un.es sur les autres. Les humain.es et les non humain.es y sont pensé.es dans leurs interdépendances. Il ne s’agit pas de penser les femmes et la nature selon les dogmes du patriarcat, comme deux territoires que l’on peut coloniser, violer et maintenir silencieux, mais bien au contraire d’anéantir la vision anthropocentrée qui sépare, classe et hiérarchise les êtres. Essentialisées, les femmes sont identifiées à la nature parce qu’elles ont le pouvoir de vie ; pourtant, comme le souligne Emilie Hache : « il n’existe pas plus de gêne du repassage que du soin ou de l’instinct maternel. »[6] Il en est de même pour les émotions, la vulnérabilité, le soin ou la poésie. À l’intérieur du patriarcat, cet espace assigné « féminin » est largement dévalorisé, réduit, rendu inférieur et par conséquent dépossédé, invisibilisé et exploitable. Les écoféministes réclament l’alliance avec la nature pour s’émanciper de l’hétéropatriarcat capitaliste. « Si l’on devait choisir un geste, un mot capable d’attraper et nommer ce que font les écoféministes, ce serait reclaim, un terme que les écoféministes empruntent au vocabulaire écologique. Il signifie tout à la fois réhabiliter et se réapproprier quelque chose de détruit, de dévalorisé, et le modifier comme être modifié par cette réappropriation. Il n’y a ici, encore une fois, aucune idée de retour en arrière, mais bien plutôt celle de réparation, de régénération et d’invention ici et maintenant. »[7] Depuis le début des années 1970, elles s’engagent à enrayer une pluralité de violences par la connaissance, par un ensemble de savoir-faire et de traditions, par l’enseignement, par le soin, par la spiritualité, par la magie ou encore par l’hospitalité. Elles ont, au fil des générations, fabriqué une culture réellement inclusive basée sur le respect du vivant.

Suzanne Husky – Earth Cycle Trance, led by Starhawk, 2019
Video 32’
Courtesy the artist.
Commissioned by the 16th Istanbul Biennial.
Produced with the support of Berrak & Nezih Barut.
Presented with the support of Institut Français.
Le film Earth Cycle Trance (ou Tree Cycle) met en scene Starhawk, activiste, auteure ecofeministe, sorciere, pretresse. Dans le film Starhawk nous guide a travers une transe ou l’on devient le bourgeon, la feuille, ou l’on se fait devorer par les millions de bouches de la terre, ou nous nous reduisons a l’essence de ce que nous sommes, ou nous mourons ou devenons regeneration.
la phrase de conclu d’istanbul…
 » Husky draws from Starhawk’s attunement to a mode of human behaviour that goes beyond species-exceptionalism and communes ethically and holistically with the people, land and ecosystems around us. »

Dès les années 1970-1980, l’écoféminisme se situe au croisement de différents combats : pacifiste, anti-impérialiste, wicca, écologiste, antiraciste, anticolonial et féministes. La structure intersectionnelle (ou polyarticulée comme l’écrit Émilie Hache) du mouvement ne permet pas une définition précise et stricte. Bien au contraire, les porosités, les antagonismes, les paradoxes, les complémentarités et les alliances font de l’écoféminisme une pensée plastique, sensible, libre et sans emprise. Les écoféministes matérialistes réclament une révolution politique pour endiguer le système dominant. Les écoféministes spiritualistes dénoncent le patriarcat monothéiste en instaurant une relation sacrée avec le vivant (Starhawk parle du « pouvoir de l’invisible, le pouvoir qui vient du dedans, le pouvoir de la Déesse immanente qui se tient lovée dans le cœur de chaque cellule de chaque être vivant, qui est l’étincelle de chaque fibre nerveuse, et la vie de chaque souffle. »).[8] Émilie Hache souligne que « les écoféministes ont fait avec la religion ce que les féministes font à la même époque avec l’anthropologie, la psychanalyse et feront un peu plus tard avec les sciences : elles en proposent une critique radicale tout en refusant de se couper de sa puissance. »[9] Ainsi, les croyances (animiste, néopaganiste ou polythéiste) invitent à prendre soin du vivant.

La figure politique de la sorcière peut se situer à l’intersection de ces courants.[10] Les sorcières entretiennent une relation sacrée avec les sols, les végétaux et le cosmos. Par la marche, la cueillette, le jardinage (notamment la permaculture), la caresse, l’écoute, le nettoyage, la méditation, le chant ou la danse, elles agissent de manière à la fois concrète et spirituelle dans leur lieu. Il s’agit alors de « considérer la nature non pas comme une ressource que nous exploitons, mais comme un lieu qui nous abrite et nous offre la vie, comme une bibliothèque vivante et inépuisable de laquelle nous apprenons. »[11] Le vivant constitue une ressource de savoirs dont le patriarcat capitaliste a privé celles et ceux qui travaillent à des systèmes alternatifs. Les écoféministes se rejoignent dans la mobilisation, la constante désobéissance au pouvoir sur, la lutte sur le terrain. La pensée militante se traduit par des actions collectives non violentes : blocages, sittings, réunions de paroles, chants, cuisine, rituels, soins, danses, cris, cuisine, enchaînements, camping, écriture (poèmes, chansons, manifestes). Les sorcières résistent contre tout ordre établi. Leurs connaissances des plantes  – de la nature d’une manière plus globale – leur confèrent une autonomie vis-à-vis de la médecine occidentale. À propos des sorcières, Starhawk – sorcière militante écoféministe – écrit : « De son pouvoir venait la capacité de guérir, de prédire le futur, de fabriquer, de créer, de chanter, de faire naître des enfants, de construire la culture. Ce lien était érotique, sensuel, charnel, car les activités de la chair n’étaient pas séparées de l’esprit immanent de la vie. »[12]

ïan larue – Fume, Licorne kawaï !- peinture, 2020.

Lors d’une discussion avec Suzanne Husky, Starhawk décrit la version idéalisée d’un temple dédié à la Déesse : « Si je devais construire un temple de déesse maintenant, il serait rond et ovale, avec beaucoup de fenêtres sur l’extérieur. Il serait entouré de jardins magnifiques avec des arbres, des plantes médicinales et des plantes à fleurs, conçues pour fleurir toute l’année, de telle sorte que les insectes bénéfiques et pollinisateurs aient de quoi se nourrir en permanence. »[13] Le transpalette est ici envisagé comme une version possible du temple écoféministe. Un temple métaphorique aux formes douces et courbes, aux couleurs chamarrées, qui vient se lover un l’intérieur d’un white cube, d’une architecture orthonormée. À la pyramide nous préférons le cercle. Aux lignes franches et aux arêtes tranchantes, l’exposition invite à l’expérimentation d’une métaphore organique, spongieuse et poétique, celle d’un espace réfléchi d’une manière écoféministe. Un espace bienveillant et inclusif invitant à une (re)connection avec la joie et la puissance. Even the rocks reach out to kiss you devient le lieu d’un rassemblement d’engagements, d’imaginaires, de luttes, de formes pour faire exister ce temple. Elle réunit les œuvres d’artistes issu.es de cultures et de générations différentes.[14] Par la performance, la peinture, la poésie, la sculpture, la vidéo ou le tissage, ielles alimentent une définition plurielle et complexe d’un mouvement nourri des urgences du monde contemporain. Un mouvement de pensée et d’action profondément pacifiste, décolonial et anticapitaliste qui vise à l’éclatement des systèmes de domination dirigés à l’encontre d’humain.es encore qualifié.es de « minorités », d’êtres méprisés et exploités appartenant au règne animal ou végétal, des sols, des eaux et de l’air. « Faire société humaine, et plus largement construire une société du vivant est le défi de notre époque. Édifier une société qui reconnaît tous ses membres en élargissant le spectre de ceux qui appartiennent à la communauté aux étrangers, aux espèces animales et végétales, aux ancêtres disparus, à la Terre-mère, à ceux qui ne sont pas encore là. […] Elle appelle à un élargissement du politique et a pour corollaire de repenser notre manière d’habiter ce monde. »[15]

Annie Sprinkle & Beth Stephens

De Marinette Cueco à Craig Calderwood, en passant par Aniara Rodado, Balthasar Heisch, Emma Di Orio ou encore MALAXA [Tabita Rezaire & Alicia Mersy], l’exposition propose un panorama non exhaustif de pratiques artistiques écoféministes ou envisagées comme telles. Il est ainsi question de Zones A Défendre, d’autonomie rurale, de mythologies anciennes, de sororité, de sexualités, de corps, d’activisme sorcier, de collaborations, d’animalité ou de rituels collectifs. Suzanne Husky propose une esquisse possible du temple de la Déesse, Pistil Paeonia invoque la Déesse pour proclamer les peurs et les conjurer les dominations, Elena Moaty dessine une armée intersectionnelle de sirènes, Annie Sprinkle & Beth Stephens proclament le manifeste écosexuel, Myriam Mihindou collabore avec la forêt, Odonchimeg Davaadorj multiplie les femmes-volcans, ïan Larue peint le pouvoir du dedans.[16] Suite à une résidence à Bourges, Sanjeeyann Paléatchy fait surgir du marais berrichon un être végétal formé de plantes endémiques récoltées in situ. Par le rituel, la sorcellerie, des gestes oubliés, des iconographies, ielles fabriquent des récits nouveaux, « des récits inconfortables et dérangeants au regard de l’imaginaire dominant. »[17] Ielles représentent des corps libres, puissants, hybrides, jouissants, radieux, émerveillés et conscients. Il est urgent et nécessaire de troubler et de déplacer les modes de pensées autoritaires, l’académisme, l’institution, la verticalité et tout le mépris qu’elles engendrent. Les artistes inscrit.es dans ce mouvement poétique et politique agissent avec le vivant avec l’intention de le guérir, de rendre visibles ses forces et ses vulnérabilités. Ielles participent à la diffusion de la pensée écologique qui « a à voir avec l’amour, la perte, le désespoir et la compassion. Avec la dépression et la psychose. Avec le capitalisme et ce qui pourrait exister après le capitalisme. Avec l’étonnement, l’ouverture d’esprit et l’émerveillement. Le doute, la confusion et le scepticisme. Les concepts d’espace et de temps. Le ravissement, la beauté, la laideur, le dégoût, l’ironie et la douleur. La conscience et la perception. L’idéologie et la critique. La lecture et l’écriture. La race, la classe et le genre. La sexualité. L’idée du moi et les étranges paradoxes de la subjectivité. Elle a avoir avec la société. Elle a à voir avec la coexistence. »[18] Les écoféministes visent à une transformation du monde, à la fin de toutes les outrances imposées. Ielles appellent à rêver l’obscur et s’efforcent de remettre l’imagination, le corps, la magie et l’émotion au pouvoir.

Julie Crenn, mars 2020

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[1] Rapport Meadows commandé par Le Club de Rome en 1970, rédigé par une équipe de chercheur.es du M.I.T., composée de Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers et William W. Behrens.

[2] A propos de la non-violence, Judith Butler déclare : « On associe trop souvent la non-violence avec une position passive, une inclination au calme, mais il est possible d’être agressif et puissant sans pour autant être violent – cette posture peut être féroce. » Voir : Entretien avec Judith Butler, Bulb, 27 avril 2020.

[3] ASTRUC, Lionel. Vandana Shiva : pour une désobéissance créatrice. Entretiens. Arles : Actes Sud, 2014, p.144.

[4] HACHE, Émilie. « Introduction : Reclaim Ecofeminism! » in Reclaim – recueil de textes écoféministes. Paris : Editions Cambourakis, 2016, p.15-16.

[5] Les écoféministes parlent la terre pour parler de la nature.

[6] HACHE, Émilie (2016), p.21.

[7] Ibid., p.23.

[8] « La vieille religion – sorcellerie, wicca, art sorcier (craft), ou, avec une définition légèrement plus étendue, paganisme ou néo-paganisme – est à la fois ancienne et d’invention récente. Ses racines remontent aux religions tribales d’avant la période judéo-chrétienne en Occident ; dans son esprit, sa forme et sa pratique, elle est apparentée aux religions amérindiennes et africaines. Ses mythes et ses symboles s’enracinent dans des cultures qui sont à la base de la naissance des civilisations : ces cultures honoraient la femme, elles étaient matricielles, centrées sur la déesse. Il ne s’agit pas d’une religion avec un dogme, une doctrine ou un livre sacré ; c’est une religion faite d’expériences, de rituels, de pratiques qui changent la conscience et réveillent le pouvoir-du-dedans. Surtout c’est une religion liée à la Déesse qui est immanente dans la nature, dans les êtres humains, dans les relations. Car la Déesse est présente, elle est éternellement inspiratrice. Et donc la sorcellerie est toujours réinventée, changeante, croissante, vivante. » – STARHAWK (Rêver l’Obscur, 2015), p.28-31.

[9] Ibid., p.35.

[10] L’exposition Even the rocks reach out to kiss you s’inscrit dans une recherche au long cours à propos des courants de pensées féministes. En 2018 fut présentée l’exposition White Blood, blue night au CAC La Traverse à Alfortville. L’exposition portait exclusivement sur l’histoire et l’iconographie des sorcières.

[11] SARR, Felwine. Habiter le monde. Québec : Mémoire d’Encrier, 2017, p.19.

[12] STARHAWK. Rêver l’Obscur – Femmes, magie et politique. Paris : Editions Cambourakis, 2015, p.29.

[13] « Le Chant unique de tout ce qui est ? Une conversation entre Starhawk et Suzanne Husky », in Narcisse ou la floraison des mondes. Bordeaux : FRAC Nouvelle Aquitaine – MECA ; Arles : Actes Sud, 2019, p.89.

[14] Le titre de l’exposition, Even the rocks reach out to kiss you (« meme les rochers tendent leurs bras pour t’embrasser”), est extrait d’un poème intitulé After Healing, écrit par Ellen Greenlaw. Il a été publié à Eugene (Oregon, USA) dans le premier volume de la revue Womenspirit parue lors de l’équinoxe d’automne en 1974, p.34.

[15] SARR, Felwine (2017), p.16.

[16] « Oui, le pouvoir-du-dedans est le pouvoir du bas, de l’obscur, de la terre ; le pouvoir qui vient de notre sang, de nos vies et de notre désir passionné pour le corps vivant de l’autre. » – STARHAWK (Rêver l’Obscur, 2015, p.39)

[17] HACHE, Émilie (2016), p.18.

[18] MORTON, Timothy. La Pensée écologique. Paris : Zulma Essais, 2019, p.14-15.

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ENG /

In 1972, the Meadows report entitled « Limits To Growth » was published, which mentionned a run out of ressources and imminent danger to the planet [1] The report’s authors advocated economic and demographic decline in order to preserve all of our ecosystems. Following the publication of this report in the United States and Europe, Françoise d’Eaubonne, author and activist (1920-2005) became aware of the urgency of linking feminist and ecological struggles. She speaks of ecofeminism as early as 1974. Because planetary resources and women’s bodies are subject to the same exploitation, the feminist activist calls for economic, productivist and demographic decline. She calls for an uprising against patriarchy (« the Male System ») and against the colonization of the collective imagination. She calls for the end of a productivist logic, for a profound change in our societies, for a move beyond the battle of the sexes in favour of taking into account living organisms as a whole. Françoise d’Eaubonne’s thought is allied with those of unmissable activists and theorists.s such as : Wangari Muta Maathai, Maria Mies, Vandana Shiva, Starhawk, Ariel Salleh, Ynestra King, Susan Griffin, Donna Haraway, Ruth Nyambura, Emilie Hache, among others. Their actions and writings form the foundations of the exhibition : ecofeminism is a tool for political action, a non-violent and challenging reflection that aims towards restorative change, the affirmation of collective power and resistance.[2] The political movement was born in a context of climatic, economic and social emergencies. The current situation calls for greater visibility and accessibility of this thought, which, on the artistic level, generates plural forms.

MALAXA [Tabita Rezaire & Alicia Mersy]

Ecofeminism is motivated by a convergence of struggles : feminist, ecological and decolonial. Struggles led mainly by women against a system of oppression and exploitation in which they and nature suffer the same assignments and the same violence. « Through the rediscovery of the history of the cross-destruction of women and nature in the course of modernity ; through the recognition of points of passage between their fear of annihilation in the face of the use of nuclear energy and women’s daily fear of being insulted, assaulted, raped; through the awareness of the importance of building confidence and self-esteem in order to hope to respond to this situation in a sensitive way. « [3] Women and nature are historically assigned to a biologically feminine space. Nature is not seen here in the traditional duality of nature and culture, but as a common ground for all living beings[4] A ground devoid of any form of hierarchy and thus of power over one another. Human beings and non-human beings are considered in their interdependence. It is not a question of thinking of women and nature according to the dogmas of patriarchy, as two territories that can be colonized, raped and kept silent, but on the contrary to annihilate the anthropocentric vision that separates, classifies and hierarchizes beings. Essentialized, women are identified with nature because they have the power of life ; yet, as Emilie Hache points out : « there is no more discomfort in ironing than in caring or maternal instinct. « [5] The same applies to emotions, vulnerability, care or poetry. Within patriarchy, this assigned « feminine » space is largely devalued, reduced, made inferior and therefore dispossessed, invisible and exploitable. Ecofeminists demand alliance with nature in order to emancipate themselves from capitalist heteropatriarchy. « If one were to choose a gesture, a word that could catch and name what ecofeminists do, it would be reclaim, a term that ecofeminists borrow from the ecological vocabulary. It means both rehabilitating and reappropriating something that has been destroyed, devalued, and modifying it as if it were modified by this reappropriation. Here, again, there is no idea of going back, but rather the idea of repairing, regenerating and inventing here and now. »[6] Since the early 1970s, they have been committed to curbing a plurality of violence through knowledge, through a set of skills and traditions, through teaching, through care, through spirituality, through magic or even through hospitality. Over the generations, they have built a truly inclusive culture based on respect for the living.

Lundy Granpré

From the 1970s to the 1980s, ecofeminism was at the crossroads of different struggles : pacifist, anti-imperialist, Wicca, environmentalist, anti-racist, anti-colonial and feminist. The intersectional (or polyarticulated as Émilie Hache writes) structure of the movement does not allow a precise and strict definition. On the contrary, the porosities, antagonisms, paradoxes, complementarities and alliances make ecofeminism a plastic, sensitive, free and unrestrained approach. Materialist ecofeminists are calling for a political revolution to stem the dominant system. Spiritualist ecofeminists denounce monotheistic patriarchy by establishing a sacred relationship with the living (Starhawk speaks of the « power of the invisible, the power that comes from within, the power of the immanent Goddess who stands coiled in the heart of every cell of every living being, who is the spark of every nerve fibre, and the life of every breath. « [7] Émilie Hache emphasizes that « ecofeminists have done with religion what feminists did at the same time with anthropology and psychoanalysis and will do a little later with science : they propose a radical critique of it while refusing to cut themselves off from its power. « [8] Thus, beliefs (animist, neopaganist or polytheist) invite us to take care of the living.

The political figure of the witch can be situated at the intersection of these movements. [9] Witches have a sacred relationship with soil, plants and the cosmos. Through walking, gathering, gardening (especially permaculture), caressing, listening, cleaning, meditating, singing or dancing, they act both concretely and spiritually in their place. It is then a question of « considering nature not as a resource that we exploit, but as a place that shelters us and offers us life, as a living and inexhaustible library from which we learn. « [10] The living constitutes a resource of knowledge that the capitalist patriarchy has deprived those who work in alternative systems. Ecofeminists join together in the mobilization, the constant disobedience to the power over, the struggle on the ground. The militant thought is translated into non-violent collective actions : blockades, sittings, talk meetings, songs, cooking, rituals, caring, dances, shouting, gardening, chaining, camping, writing (poems, songs, manifestos). Witches resist against any established order. Their knowledge of plants – of nature in a more global way – gives them autonomy from western medicine. About witches, Starhawk – an eco-feminist activist witch – writes : « From her power came the ability to heal, to predict the future, to make, to create, to sing, to give birth to children, to build culture. This connection was erotic, sensual, carnal, because the activities of the flesh were not separated from the immanent spirit of life. »[11]

SUZANNE HUSKY – Sacred earth air fire water temple draft – (sous titre) »Symbol System Cannot Just Be Rejected They Have To Be Replaced » (citation de Starhawk)

In a discussion with Suzanne Husky, Starhawk describes the idealized version of a temple dedicated to the Goddess: « If I were to build a goddess temple now, it would be round and oval, with lots of windows on the outside. It would be surrounded by beautiful gardens with trees, medicinal plants and flowering plants, designed to bloom all year round, so that beneficial insects and pollinators would have something to eat all the time. « [12] The Transpalette is considered here as a possible version of the ecofeminist temple. A metaphorical temple with soft, curved forms and colourful colours, which has curled up with the interior of a white cube, an orthonormal architecture. We prefer the circle to the pyramid. The exhibition invites us to experiment with an organic, spongy and poetic metaphor, that of a space reflected in an ecofeminist way, with clean lines and sharp edges. A benevolent and inclusive space inviting to a (re)connection with joy and power. Even the rocks reach out to kiss you becomes the place of a gathering of commitments, imaginations, struggles and forms to make this temple exist. [13] Through performance, painting, poetry, sculpture, video and weaving, they feed into a plural and complex definition of a movement nourished by the urgencies of the contemporary world. A profoundly pacifist, decolonial and anti-capitalist movement of thought and action that aims to break up systems of domination directed against human beings still qualified as « minorities », despised and exploited beings belonging to the animal or plant kingdom, soil, water and air. « To make a humane society, and more broadly to build a society of the living is the challenge of our time. To build a society that recognizes all its members by broadening the spectrum of those who belong to the community to strangers, to animal and plant species, to extinct ancestors, to Mother Earth, to those who are not yet here. It calls for a broadening of politics and has the corollary of rethinking the way we live in this world. »[14]

From Marinette Cueco to Craig Calderwood, via Aniara Rodado, Balthazar Heisch, Emma Di Orio and Tabita Rezaire, the exhibition offers a non-exhaustive panorama of ecofeminist artistic practices or those considered as such. It is thus about Zones To Defend, rural autonomy, ancient mythologies, sorority, sexualities, bodies, witch activism, collaborations, animality or collective rituals. Suzanne Husky proposes a possible sketch of the temple of the Goddess, Pistil Paeonia invokes the Goddess to proclaim fears and conjure up domination, Elena Moaty draws an intersectional army of mermaids, Annie Sprinkle & Beth Stephens proclaim the ecosexual manifesto, Myriam Mihindou collaborates with the forest, Odonchimeg Davaadorj multiplies women-volcanoes, ïan Larue paints the power from within. [15] Following a residency in Bourges, Sanjeeyann Paléatchy created an original installation based on endemic plants (zoumines in Reunionese Creole) collected in the marshes and woods. Through ritual, witchcraft, forgotten gestures, iconography, they create new stories, « uncomfortable and disturbing stories in the dominant imagination. »[16] They represent bodies that are free, powerful, hybrid, enjoying, radiant, amazed and conscious. It is urgent and necessary to disturb and displace authoritarian modes of thinking, academism, institution, verticality and all the contempt they engender. The artists in this poetic and political movement act with the living with the intention of healing them, making visible their strengths and vulnerabilities. They participate in the diffusion of ecological thinking that « has to do with love, loss, despair and compassion. With depression and psychosis. With capitalism and what might exist after capitalism. With astonishment, open-mindedness and wonder. With doubt, confusion and skepticism. The concepts of space and time. Rapture, beauty, ugliness, disgust, irony and pain. Consciousness and perception. Ideology and criticism. Reading and writing. Race, class and gender. Sexuality. The idea of self and the strange paradoxes of subjectivity. It has to do with society. It has to do with coexistence. « [17] Ecofeminists aim at a transformation of the world, at the end of all imposed excesses. They call for dreaming the obscure and empowering imagination, body, magic and emotion.

Julie Crenn, March 2020 / translation: Olivia Earle (Thx <3)

Vidya Gastaldon – Tanuki (2020) – acrylique sur toile – 41 x 33 cm. Courtesy : Vidya Gastaldon & Wilde Gallery (Geneva)

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Notes –

[1] Meadows Report commissioned by the Club of Rome in 1970, written by a team of M.I.T. researchers composed of Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers and William W. Behrens.

[2] On the subject of non-violence, Judith Butler states: « All too often we associate non-violence with a passive stance, a tendency to be calm, but it is possible to be aggressive and powerful without being violent – this stance can be ferocious. » See: Interview with Judith Butler, Bulb, April 27, 2020.

[3] HACHE, Emilie. « Introduction: Reclaim Ecofeminism! « in Reclaim – collection of ecofeminist texts. Paris: Editions Cambourakis, 2016, p.15-16.

[4] Ecofeminists talk about the earth to talk about nature.

[5] HACHE, Émilie (2016), p.21.

[6] Ibid, p. 23.

[7] « The old religion – witchcraft, Wicca, craft, or, with a slightly broader definition, paganism or neo-paganism – is both ancient and recently invented. Its roots go back to tribal religions before the Judeo-Christian period in the West; in spirit, form, and practice it is related to Native American and African religions. Its myths and symbols are rooted in cultures that are at the root of the birth of civilizations: these cultures honored women; they were matrix cultures, centred on the goddess. It is not a religion with a dogma, a doctrine or a sacred book ; it is a religion made of experiences, rituals, practices that change consciousness and awaken the power within. Above all it is a religion linked to the Goddess who is immanent in nature, in human beings, in relationships. For the Goddess is present, she is eternally inspiring. And therefore witchcraft is always reinvented, changing, growing, alive. « STARHAWK (Dreaming the Dark, 2015), p.28-31.

[8] Ibid., p.35.

[9] The exhibition Even the rocks reach out to kiss you is part of a long-term research on feminist schools of thought. In 2018 the exhibition White Blood, blue night was presented at CAC La Traverse in Alfortville. The exhibition focused exclusively on the history and iconography of witches.

[10] SARR, Felwine. Inhabiting the world. Quebec: Mémoire d’Encrier, 2017, p.19.

[11] STARHAWK. Dreaming the Dark – Women, Magic and Politics. Paris: Editions Cambourakis, 2015, p.29.

[12] « The Unique Song of All that is? A conversation between Starhawk and Suzanne Husky », in Narcissus or the Flowering of the Worlds. Bordeaux: FRAC Nouvelle Aquitaine – MECA ; Arles: Actes Sud, 2019, p.89.

[13] The title of the exhibition, Even the rocks reach out to kiss you, is taken from a poem entitled After Healing, written by Ellen Greenlaw. It was published in Eugene (Oregon, USA) in the first volume of Womenspirit magazine published during the Autumn Equinox in 1974.

[14] SARR, Felwine (2017), p.16.

[15] « Yes, the power from within is the power from below, from the dark, from the earth ; the power that comes from our blood, our lives and our passionate desire for the living body of the other. « STARHAWK (Dreaming the Dark, 2015, p.39)

[16] HACHE, Émilie (2016), p.18.

[17] MORTON, Timothy. Ecological Thinking. Paris: Zulma Essais, 2019, p.14-15.

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Even the rocks reach out to kiss you

Transpalette – 9 octobre 2020 – 16 janvier 2021 (vernissage le 9 octobre)

Commissariat : Julie Crenn

+ Communiqué de Presse – EVEN THE ROCKS REACH OUT TO KISS YOU – Transpalette

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Transpalette

A l’occasion de l’exposition Even the rocks reach out to kiss you, Sanjeeyann Paléatchy sera en résidence au Transpalette à Bourges en partenariat avec le FRAC Réunion.

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Artistes invité.e.s : Laëtitia Bourget, Craig Calderwood, Marinette Cueco, Gaëlle Choisne, Odonchimeg Davaadorj, Emma Di Orio, Vidya Gastaldon, Lundy Grandpré, Balthazar Heisch, Suzanne Husky, ïan Larue, MALAXA [Tabita Rezaire & Alicia Mersy], Nadja Verena Marcin, Myriam Mihindou, Elena Moaty, Pistil Paeonia, Sanjeeyann Paléatchy, Annie Sprinkle & Beth Stephens, Aniara Rodado, Karine Rougier, Lara Wonderland, Zheng Bo.

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