Expérimenter le Chant du Monde. L’art de Tania Mouraud.


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Tania Mouraud (née en 1942, à Paris) est considérée aujourd’hui comme une des figures majeures de la scène artistique française. Une artiste inclassable, formée de manière autodidacte au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Etats-Unis, qui a pris une part active dans les différents courants avant-gardistes des années 1960-1970. Depuis sa première exposition personnelle à la galerie Zunini à Paris en 1966 jusque sa dernière exposition rétrospective au CCC à Tours, son œuvre multiforme a su au fil du temps se régénérer pour ne jamais se conformer. Une œuvre conceptuelle Influencée par le suprématisme, le constructivisme ou encore le minimalisme, à travers laquelle est menée une réflexion plastique et sonore en lien avec les problématiques actuelles et une profonde réflexion sur la condition humaine. L’œuvre de Mouraud est intimement liée à l’histoire de l’art dans laquelle elle puise et se réfère constamment. Tel un électron libre, elle n’appartient à aucun groupe artistique, à aucune mouvance spécifique. En cela elle jouit d’une pleine liberté dont ses œuvres en sont l’empreinte. Son travail est complexe, il mêle philosophie, métaphysique, langage et expérience personnelle. L’artiste interroge sans relâche notre relation au monde, mais aussi l’art en lui-même, son histoire et ses codes. Rien ne nous est facilement donné. Il nous faut interagir avec les œuvres pour atteindre les messages délivrés par Tania Mouraud. Ses propositions sont structurées autour de sa vision politique. Elle dit d’ailleurs : « Si politique signifie questionner la réalité, démasquer les préjugés, traquer l’idéologie, faire une mise au point sur la réalité, alors mon travail est essentiellement politique. Il questionne tous les ‘ismes’ et cherche à définir la fonction de l’art en utilisant différents mediums : peinture, photographie, vidéo, son, etc. »[1] Une diversité technique présentée lors de l’exposition/rétrospective Une Pièce de Plus à Tours, où le visiteur découvrait les environnements, les peintures murales, les maquettes, les vidéos et les installations sonores de l’artiste.[2] Un éclectisme qui allie trois facteurs moteurs : voir, percevoir et savoir.

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En finir avec l’académisme

 En 1969, Tania Mouraud produit une performance hors du commun, elle brûle publiquement ses peintures. Après cinq années de peinture, la jeune artiste souhaite tourner la page et réenvisager sa pratique de manière radicale. Jusque-là, sa production était influencée par le Pop Art dont elle a retenu les grands aplats de couleurs vives et les contours noirs. Un travail peint qu’elle a choisi de réduire en cendres. « J’étais incapable de produire de la sensualité picturale, incapable de produire la lumière qui fait que la peinture est la peinture ».[3] Loin de marquer l’arrêt de sa carrière, l’autodafé est à comprendre comme un geste manifeste. Une renaissance artistique. À partir de cette date, elle refuse l’académisme de la peinture de chevalet et le conformisme des Beaux-arts. Elle réfute son statut de « peintre » pour s’engager dans une démarche conceptuelle, en rupture avec les formes d’art traditionnelles. L’art se doit d’entrer dans la vie quotidienne, il ne doit plus être enfermé et être réservé à certaines catégories sociales. L’art partout et l’art pour tous. Dans cette perspective, elle entreprend la réalisation d’affiches et de peintures murales à travers lesquelles elle poursuit sa réflexion sur le langage en tant que signe. Elle peint, en noir et blanc, des mots ou des phrases, dont elle a réduit les caractères à des formes d’apparences abstraites. Le spectateur qui passe rapidement son chemin n’y voit qu’un dessin abstrait, celui qui s’arrête et se concentre, parvient à déchiffrer le message de Tania Mouraud. Elle interroge notre perception et notre capacité d’attention. Les mots sont aussi bien en français qu’en anglais. Un mot ou une phrase courte, percutante et expressive qui vient nous bousculer. Ses messages viennent perturber le système de communication banalisé et formaté.

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En 1977, elle réalise City Performance N°1, une action qui consistait à présenter des affiches où était inscrit le mot « NI ». Le mot apparaissait en lettres majuscules noires sur un fond blanc. L’artiste a placardé cinquante quatre affiches (3m x 4m) dans les rues de Paris. Le rapport du langage à l’espace, urbain en l’occurrence, est une donnée essentielle pour comprendre la dimension de l’œuvre. Le mot « NI » est composé de trois verticales et d’une diagonale qui lui donne son sens. Elle note que si l’affiche avait été exposée sur le mur d’un musée, elle aurait été comprise comme une œuvre abstraite, tandis que dans la rue les gens lisent. Ici, l’affiche de Mouraud se substitue aux panneaux publicitaires traditionnels, pourtant elle ne remplit pas la même fonction. Si la publicité, que nous côtoyons quotidiennement, fourmille en messages répétitifs et abrutissants, « NI » est à contre emploi. L’œuvre impose la réflexion. Un mot que nous n’utilisons jamais seul, une négation, qui ici en perd son sens. « NI, opération sans suite, ni teasing, ni publicité déguisée du ministère de la Culture. Simplement une prise de position anonyme. Négation ultime, vérité absolue, disjoncteur universel utilisé par les logiciens occidentaux et les sages orientaux. »[4] Le mot s’inscrit dans l’espace et le temps, il se fond dans son environnement. Et c’est dans sa permanence qu’il prend tout son sens. L’œil rencontre plusieurs de ces affiches, qui ne sont ni une publicité, ni une affiche de campagne ou d’une association, ni un panneau officiel. « NI » nous donne à penser sur cette multitude de signes qui nous submergent et nous font oublier l’essentiel. L’artiste explique que « NI » est un connecteur de vérité fondamentale, ni blanc ni non blanc – ni noir ni non noir, il est toujours facteur de vérité ».[5] « NI » est avant tout un acte de résistance, un appel au réveil des consciences. Robert C. Morgan écrit à propos des mots choisis par l’artiste : « Ils existent sans référent. Les mots de Mouraud n’ont pas de spécificité. Ils ne se réfèrent pas à des produits. En plus de la culture pop, ils semblent se référer à l’histoire de l’art non-objectif. »[6] Ses peintures murales sont des produits de résistance face à la standardisation des informations et des mots qui perdent leurs significations, leur essence. Pour cela elle utilise les codes et les stratégies commerciales pour les déconstruire. « Sur le lieu de la publicité, je propose la philosophie, l’engagement comme décor. »[7] Dans cette recherche de la peinture, du graphisme et de l’espace, elle a développé de nombreuses peintures murales dans les villes et les musées. Des peintures/messages caractérisées par un esthétisme et une élégance graphique. La construction des textes aux lettres allongées et resserrées, repose systématiquement sur le nombre d’or qui implique une harmonie et une exigence qui lui sont nécessaires.

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Au CCC de Tours était présentée une peinture murale d’angle, NITTTSUASU (2006).[8] Sur le choix de l’angle, Tania Mouraud rejoint l’idée de l’artiste russe, Kazimir Malevitch, qui disait que chaque maison possède une icône devant être disposée dans « le bon coin ». Ses peintures murales sont toujours formées de lettres noires sur fond blanc, au graphisme esthétisé brouillant la lecture des messages peints. « Now is the time » est une phrase extraite du célèbre discours de Martin Luther King, « I Have a Dream », prononcé le 28 août 1963. Tandis que « To stand up and speak up » est le nom d’une association antiraciste fondée par l’ancien footballeur Thierry Henri dans les années 1990. Deux messages extraits de sources diamétralement différentes et qui pourtant se rejoignent sur une même thématique : la tolérance et le respect d’Autrui. Mouraud aime ce mélange de références, populaires et intellectuelles, qui « se rapportent toujours à l’expérience de l’individu ».[9] La hiérarchie est annulée. Les peintures murales véhiculent des valeurs universelles et une philosophie altruiste chères à l’artiste.

 Environnements Sensoriels

 En 1970, Tania Mouraud présente à la galerie Rive Droite One More Night, une chambre de méditation de type minimaliste. Il s’agit d’une « fausse-cercueil » adaptée aux proportions corporelles de l’artiste. Celle-ci pouvait s’y allonger bras et jambes écartés. « L’œuvre c’est le vide ».[10] Le vide de la chambre est comblé par le corps, la lumière et la bande sonore qui l’accompagne. Une pièce sonore réalisée par Eliane Radigue, élève de Pierre Henry. Cette réflexion sur l’espace, l’architecture intérieure et l’expérience psychosensorielle, s’inscrit dans la mouvance Light and Space Art actif dans les années 1960 sur la côte Ouest des Etats-Unis. Plusieurs artistes comme Robert Irwin, James Turrell, Eric Orr, Maria Nordman ou encore Susan Kaiser Vogel ont formulé des propositions artistiques basées sur la perception et la contemplation. Dans cette émulation, Tania Mouraud a pris une part active dans le développement de l’art sensoriel, ce qui l’a menée à la conception de ses premiers environnements. Elle s’est aussi reconnue dans des références plus historiques. Il y a une filiation assumée avec le travail d’El Lissitzky sur l’espace et le concept d’exposition. Ce dernier dit : « L’organisation du mur ne doit pas être comprise comme tableau, comme peinture murale. Peindre les murs est aussi faux que d’y accrocher des tableaux. Le nouvel espace ne nécessite ni ne veut de tableau – il n’est pas un tableau qu’on aurait ‘traduit’ en plusieurs plans. Ainsi se comprends l’animosité des peintres à notre égard, car nous détruisons les murs comme lit de repos des tableaux. »[11]

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Les chambres psychosensorielles de Mouraud résultent de ses recherches sur la forme et la perception, elle a donc produit un concept d’art pur, minimal. Elle pense que chaque individu devrait avoir « une pièce de plus » dans sa maison, une pièce à soi, pour se retrouver face à soi-même. Pierre Restany a parlé d’un « supplément d’espace pour un supplément d’âme. »[12] Ce sont des cellules réservées à l’expérimentation des sens, des peurs, des émotions, des contradictions, des désirs et de sa propre mort. La plasticienne souhaitait construire « un monde où je pourrai mourir en paix ».[13] Le corps, la lumière et le son sont les trois caractéristiques essentielles dans le développement de ses environnements sensoriels. « Le vide et le blanc de ses Chambres de méditation, constructions austères, laquées […], incorporant parfois des sons répétitifs et obsessionnels. Tania [Mouraud] s’y asseyait, seule, au milieu, pour « s’accoutumer à la mort ». »[14] L’artiste ne s’intéresse pas à l’abstraction de la pièce, mais au dialogue entre l’espace et le corps qui le traverse, l’occupe et le réinvestit. Le caractère méditatif de ses chambres, l’a menée à se rendre en Inde, un pays avec lequel elle entretient un rapport intime depuis les années 1970.

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Lors de l’exposition au CCC, était présentées pour la première fois dans son ensemble la série de treize environnements sensoriels, un projet d’ampleur a élaboré dans les années 1970. De nombreuses cellules demeurent à l’état de projet (maquettes/plans) car leurs productions réclament un budget conséquent. À Tours, Le visiteur pénétrait dans Initiation Room n°2, une des pièces sensorielles produites à l’occasion de la rétrospective. Elle n’avait pas été présentée au public depuis sa première installation à Turin en 1971. Initiation Room n°2 est un espace de méditation à l’intérieur du centre d’art. Ses dimensions, six mètres de largeur, cinq mètres de profondeur et un mètre cinquante de hauteur, favorisent la position assise dans la pièce.[15] Une position en accord avec un état introspectif. Il s’agit d’un espace clos où nos sens, notre corps et notre esprit sont mis à contribution. Dans une pièce blanche et lumineuse, nous expérimentons l’insolite et l’intime. Nous sommes mis à l’épreuve de nous-mêmes. Il s’agit d’une rencontre avec son propre corps dans un espace où les repères spatio-temporels sont absents. Tania Mouraud explique : « Les propositions que j’ai faite à cette époque étaient des lieux pour s’asseoir et pour contempler l’espace, pour devenir un avec l’espace : essayer de perdre la limitation du corps. […] Essayer de vivre l’expérience cosmique et de comprendre que la limite du corps, c’est le cosmos. »[16] Nous sommes notre propre repère dans cette pièce sans limite. Deleuze et Guattari ont écrit : « la chose ou l’œuvre d’art, est un bloc de sensations, c’est-à-dire un composé de percepts et d’affects. […] Les sensations, percepts et affects, sont des êtres qui valent par eux-mêmes et excèdent tout vécu. Ils sont en l’absence de l’homme, peut-on dire, parce que l’homme, tel qu’il est pris dans la pierre, sur la toile ou le long des mots, est lui-même un composé de percepts et d’affects. L’œuvre d’art est un être de sensation, et rien d’autre : elle existe en soi. »[17] Les pièces de Tania Mouraud sont des « blocs de sensations » dans lesquelles chacun d’entre nous jouit de la plus grande liberté. À l’intérieur du bloc, le corps et l’intellect expérimentent à la fois le vide, la relation corporelle avec l’espace et le fourmillement de l’esprit.

 Exprimer la mobilité du monde

 Tania Mouraud a peu utilisé le medium vidéo avant le début des années 2000. L’image filmée est le prolongement de sa pratique puisqu’elle dit : « Mes vidéos sont des peintures en mouvement. »[18] Elle choisit le matériau en fonction de ses expériences et des sujets traités. Dans ce cadre, nous avons retenu deux œuvres vidéos, La Fabrique (2006) et Ad Infinitum (2008). Deux installations marquantes tant au niveau de leurs esthétiques que de leurs contenus. La Fabrique (2006) est une installation composée de 25 TVs, 4 murs de projection et 29 sources sonores. Sur les écrans TV sont diffusés des portraits en plan américain des hommes et des femmes travaillant à leurs postes dans une usine textile en Inde. Les images ont été tournées à Kerala, une région chère à l’artiste qui se rend en Inde une fois par an depuis les années 1970. Mouraud s’est attachée à un point de vue frontal impliquant une neutralité du regard et une mise à distance avec son sujet. Sur les murs sont projetés des plans rapprochés, des mains et des visages des tisserands. Les gestes, les regards, les bruits nous indiquent la brutalité de leur quotidien. « Avec La Fabrique, je me suis intéressée à l’exploration des connexions entre les corps, la torture de l’interaction homme-machine, les robots humains, l’espace et le temps.  »[19] Ici, le visiteur est sans cesse connecté avec les tisseurs indiens. Il est submergé par leurs gestes et le bruit de leur travail. Les portraits vidéos nous installent dans une position inconfortable renforcée par le processus établi par l’artiste. Face aux images le malaise est palpable. Un sentiment qui annule la distance et la notion géographique. Ici et maintenant, nous sommes confrontés à la condition humaine. Tania Mouraud parle d’une « proximité assumée ».[20] La fusion des hommes, du temps et de l’espace donne une force émotionnelle et déroutante à l’installation. En aucun cas elle n’a souhaité produire un documentaire ou un reportage sur les tisserands indiens. Elle les a choisis comme sujets pour nous parler de la condition humaine aliénée par le travail. La répétition et la gestuelle automatique sont orchestrées par les claquements des métiers qui rythment les longues journées des tisserands. Ici, comme ailleurs, l’homme est une pièce de la machine de la surconsommation de masse. Son corps est déshumanisé, il devient mécanique et opère des gestes répétés à l’infini. Les travailleurs à la chaîne se livrent à une chorégraphie sans âme, dirigée par les intérêts économiques au détriment des hommes broyés par cette grotesque machine.

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Sur un autre mode, Tania Mouraud poursuit son travail sur le chant et les vacarmes de notre monde avec une installation comme Ad Infinitum (2008) dont la force visuelle et sonore interpelle vivement le spectateur. Crée et présentée en 2009 dans la Chapelle de l’Oratoire du Musée des Beaux-arts de Nantes, Ad Infinitum est une installation saisissante sur le plan émotionnel.[21] En effet, elle a observé, enregistré et filmé les baleines. Les images, ici retranscrites en noir et blanc, ont été tournées au large de la côte mexicaine, à Guerrero Negro où les baleines séjournent le temps que leurs petits grandissent et deviennent suffisamment autonomes pour reprendre leur périple vers l’Alaska. L’installation nous plonge dans un monde fascinant, en lien avec l’histoire portuaire de la ville de Nantes, puisque les baleiniers ont participé à son enrichissement au XIXe siècle. L’anecdote historique n’est jamais évoquée, seul le spectateur avisé pour établir le lien. L’œuvre est totalement centrée sur la gestuelle et les sons des baleines. Sur plus de cinquante heures d’images, Tania Mouraud en a gardé huit minutes. Huit minutes de plans serrés sur la mer et les baleines. Pas d’horizon, pas de ciel. Les animaux aux reflets argentés apparaissent, glissent et disparaissent dans l’eau. Elles articulent sous nos yeux un somptueux ballet marin. Une danse rythmée par la lourde respiration de ces mystérieux mammifères. « Le spectateur est à la place de la caméra et est confronté à ce qui sort de l’eau, une masse informe et inconnue ».[22] Elle mêle avec pertinence une mémoire portuaire incarnée par l’épave d’un petit bateau de pêche disposée dans la chapelle et un travail sensoriel véhiculé par l’espace marin. Le spectateur est submergé par cet environnement sonore où chants des baleines, moteur du bateau et bruits marins fusionnent. « J’ai sculpté la matière sonore électronique en retravaillant les sons d’origine ou en créant des sons artificiels proches de ces sons originaux. […] L’angoisse résulte certainement de ce son machinique, de cette pulsation inquiétante. »[23] Le film est répété « à l’infini », les images vont et viennent comme les vagues projetées dans le chœur de la chapelle. Un recommencement perpétuel qui rejoint de caractère cyclique de la vie rythmée par les mêmes rituels, déplacements et évènements. L’œuvre interroge le concept de survie « Loin d’une lecture naturaliste ou politique, Tania Mouraud propose un voyage au cœur des mythes qui structurent notre société. Elle compose avec des ‘signes’ un univers où chacun peut se projeter et inventer son propre futur. »[24]

AD INFINITUM/tania Mouraud

Ad Infinitum n’est en aucun cas un documentaire, mais une réflexion artistique multiréférentielle qui nous amène à questionner notre rapport au monde et à l’art. Elle se pose en observatrice, méthodique et critique. Le caractère angoissant du film est similaire dans un autre travail vidéo intitulé Machines Désirantes (2001), où des carpes koï sont filmées en plan rapprochées. Appâtées par la nourriture que leur distribue l’homme, elles se battent entre elles pour survivre. Il s’agit là d’une métaphore cruelle de la condition humaine, où l’instinct prend le pas sur la raison. Le travail vidéo de Tania Mouraud nous pousse à penser notre monde, ses failles et ses beautés. L’artiste interroge nos dérives et les vacarmes du Tout Monde tel qu’il est énoncé par Edouard Glissant. Elle nous donne à voir des images toujours empreintes d’une grande poésie, qui soulèvent des problématiques cruciales quand à notre existence.

L’œuvre multiforme de Tania Mouraud exprime une grande complexité et une vision politique de notre société. L’ensemble de son travail repose sur une profonde réflexion sur la perception. Depuis les années 1960, elle retrace avec cohérence une histoire du sensible fondée sur son expérience personnelle : ses rencontres, ses voyages et ses influences. À travers son œuvre au caractère rhizomique, elle s’attache à l’expression d’une philosophie altruiste et universelle. L’espace, la lumière, le son, le corps, le mouvement, les signes stimulent l’interaction entre l’art et la vie, l’art et les hommes. « Refuser et connecter est certainement le mode opératoire le plus persistant chez Tania Mouraud, qui inscrit sa création dans cette polarité dynamique. »[25] L’homme est dans chaque œuvre, placé au cœur de ses préoccupations. Elle questionne, par la voie conceptuelle, la condition humaine dans sa beauté comme dans son agressivité.

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[1] SANS, Jerôme. « Interview avec Tania Mouraud » in Installation – Tania Mouraud. Corbeil-Essonnes : Centre d’Art Contemporain Pablo Neruda, 1989.

[2] Tania Mouraud : Une Pièce de Plus, au CCC à Tours, du 27 novembre 2010 au  20 mars 2011. Commissaire : Delphine Masson.

[3] Extrait de l’émission radiophonique Les Mardis de l’expo, présentée par Elizabeth Couturier. « Le Musée Personnel de Tania Mouraud », France Culture, 4 janvier 2011.

[4] MOURAUD, Tania. “City Performance N°1” in Tania Mouraud. Quimper : Le Quartier, 1996, p.66.

[5] Conversation avec l’artiste.

[6] MORGAN, Robert C. « Tania Mouraud and the Paradox of Language (1990) » in Between Modernism and Conceptual Art. London : McFarland, 1997, p. 96.

[7] FLEURY, Alice. « Entretien avec Tania Mouraud » in Ad Infinitum, Tania Mouraud. Lyon : Fages, 2009, p. 39.

[8] Chaque lettre correspond aux premières lettres des mots choisis par Tania Mouraud, ici « Now is the time to stand up and speak up ».

[9] « Le Musée Personnel de Tania Mouraud », France Culture, 4 janvier 2011.

[10] BERNADAC, Marie-Laure. « La Nuit Blanche de Tania Mouraud » in Galerie des Arts, n°85, février 1970, p.21.

[11] BOIS, Yve-Alain. « Exposition : Esthétique de la distraction » in Cahiers du Musée national d’art moderne, n°29, automne 1989, p.57-79.

[12] ARNAULD, Pierre. « Vers l’espace » in Tania Mouraud. Paris : Flammarion, 2004, p.25.

[13] « Le Musée Personnel de Tania Mouraud », France Culture, 4 janvier 2011. FLEURY, Alice (2009), p.40.

[14] DALLIER, Aline. « Les Voyages de Tania Mouraud » in Opus International, n°56, juin 1975, p.46.

[15] Il est à noter que pour une meilleure adaptation de la pièce à l’espace public, Mouraud a modifié le plan initial puisque l’œuvre présentée à Tours comptait 1m60 de hauteur.

[16] GRENIER, Catherine. « Entretien avec Tania Mouraud » in At The Core : Tania Mouraud. Montpellier : ESBEMA, 2010, p.57.

[17] DELEUZE, Gilles, GUATTARI, Félix. Qu’est ce que la Philosophie ? Paris : Editions de Minuit, p.154.

[18] « Le Musée Personnel de Tania Mouraud », France Culture, 4 janvier 2011.

[19] CARRIER, Mathieu. « Interview with Tania Mouraud » in Tania Mouraud. Santa Ana : Grand Central Press, 2006. Disponible en ligne : http://www.taniamouraud.com/publications/2006-interview-with-m-carrier/.

[20] CARRIER, Mathieu (2006).

[21] Ad Infinitum est une installation conçue spécifiquement pour la Chapelle de l’Oratoire du Musée des Beaux-arts de Nantes. Elle a été présentée du 5 juin au 30 aout 2009 dans la cadre de la manifestation Estuaires Nantes-Saint-Nazaire 2009. Un extrait du film est disponible en ligne : http://www.taniamouraud.com/videos/ad-infinitum-2008/.

[22] FLEURY, Alice (2009), p.27.

[23] FLEURY, Alice (2009), p.30.

[24] CHAVANNE, Blandine. « Ad Infinitum » in Ad Infinitum, Tania Mouraud. Lyon : Fages, 2009, p. 8.

[25] GRENIER, Catherine. « Les gens m’appellent Tania Mouraud » in At The Core : Tania Mouraud. Montpellier : ESBAMA, 2010, p.5.

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LAURA #11 / http://groupelaura.fr/LAURA11.html

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